J’veux du soleil !, de Gilles Perret et François Ruffin

J’veux du soleil !, un reportage printanier de Gilles Perret et François Ruffin.

 

marcel

Combien sont-ils, nos hommes politiques, à s’être déplacés en personne sur les ronds-points pour ausculter la tribu des Gilets Jaunes en colère ? Non seulement Ruffin, député de la France insoumise (ci-dessus devant l’imposant portrait en 4 × 3, « Marcel », réalisé par le street artiste Swed Oner sur le rond-point de Dions, dans le Gard, évacué par la police en décembre 2018), fait la tournée de la France profonde des popotes établies sur les terre-pleins centraux à vocation giratoire, mais, en plus, il en fait un documentaire. C’est important de laisser des traces filmées de cette période historique, dont on ne connaît pas l’issue (on n’est pas devin… quoique…), mais dont on souhaite en tout cas de tout cœur qu’elle soit ensoleillée et festive.

Proposant une belle série de portraits émouvants, poignants pour certains, éclairants quant aux sombres difficultés quotidiennes vécues par des Français·es qui ne sont pas des premiers·ères de cordée (et qui n’ont pas fait leurs classes dans une école privée jésuite ni à Henri IV), qui ont le frigo vide et le cœur gros, qui redécouvrent le sens profond du mot « fraternité », qui constatent la terrible déconnexion du président avec une partie de la population qui ne parle pas le même langage que lui (à moins que ce ne soit lui qui ne parle pas la même langue qu’elle… en tout cas, le résultat est le même : l’incompréhension est ancrée et totale), qui est dure au mal et qui est bien décidée à ne plus se laisser berner par des énarques, J’veux du soleil ! de François Ruffin pose un acte militant plutôt réconfortant (dont l’on conseillera le visionnage à la CRS 51 décimée par des arrêts-maladies, non pas pour que les 48 en arrêt reprennent du poil de la bête mais pour que les 13 encore sur pied partent eux aussi se reposer, sous le soleil tant qu’à faire, tout indiqué pour pallier le blues saisonnier qui atteint parfois même les plus endurcis des maréchaux des logis-chefs).

Un habile montage mêle 3 ingrédients principaux pour un cocktail détonnant : des interventions du chef de l’État (étalant son mépris ou sa méconnaissance crasse de la condition réelle des classes populaires laborieuses), des témoignages de GJ qui ont conscience de mener là un combat mémorable et des images de manifestations (notamment, le 5 janvier, lors de l’acte VIII, ce grand moment qu’est le défonçage au transpalette de la porte du ministère du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui a depuis quitté son poste).

Ainsi J’veux du soleil ! a le mérite de montrer les dysfonctionnements criants de notre société (laideur des zones commerciales et artisanales, désertification des campagnes privées de services publics et de petits commerces de proximité, condescendance maladive et insultante des médias mainstream à l’égard de « ceux qui ne sont rien » et « coûtent un pognon de dingue », précarité consternante des travailleurs pauvres face aux montants astronomiques engrangés par l’État ou les grands groupes privés qui gèrent par exemple les autoroutes aux tarifs exorbitants pour les revenus modestes…) auxquels sont confrontés, en première ligne, les Gilets Jaunes qui ne manquent pas d’idées ni de ressources collectives pour, dans un avenir proche, tenter d’y porter remède – car le pays est malade et le cap imposé par le gouvernement ne fait qu’accentuer la fièvre (jaune).

J’veux du soleil ! – Reportage de Gilles Perret et François Ruffin – Durée : 1h16 – Sortie le 3 avril 2019.

Envie de réagir ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>