Home / La médiathèque / Livres / Alors c’est bien, de Clémentine Mélois

Alors c’est bien, de Clémentine Mélois

Un récit* très émouvant sur la mort d’un père génial et adoré.

« Mon père travaillait mais ses sculptures ne se vendaient pas. Le salaire de professeure de français de Maman leur permettait de vivre. Dans les année 1960, ce modèle économique faisait jaser, au grand plaisir de mon père qui n’aimait rien tant que choquer le bourgeois. » (p. 68)

Quel bel hommage ! Quelle tristesse et quelle joie, mêlées, indissociables ! Clémentine Mélois, avec humour et une infinie tendresse, évoque son père, emporté par un cancer avant d’être enterré dans un petit cimetière paisible accolé à une chapelle du XVᵉ siècle, allongé dans un cercueil repeint en bleu par ses enfants et capitonné par sa veuve. Bernard Mélois, le père de Clémentine Mélois, était sculpteur, artiste original, persévérant, acharné, antimilitariste, anarchiste et facétieux qui a passé une grande partie de son existence au fond de son atelier, où s’entassaient des objets de récupération auxquels il redonnait une deuxième vie, avec à la main un fer à souder et une meuleuse €co+ pour créer des œuvres parfois monumentales en plaques d’émail.

Sa vie est retracée, de père, d’époux aimant, d’artiste qui atteindra à une certaine renommée internationale au fil du temps, des rencontres et des expositions. Les chiens ne faisant pas des chats, on situe mieux, à la lecture de toutes ces anecdotes vécues, où les racines de l’autrice de Cent titres puisent pour constituer, à son tour, sa propre œuvre, qui manque rarement une occasion d’être drôle.

Que retient-on d’une vie ? Des virées en Citroën Méhari décapotable, des mains noircies par la limaille de fer, des jeux de mots, un esprit créatif, anticonformiste, un amour parental puissant et inspirant, etc. Qu’est-ce que ça raconte des valeurs à nous transmises ? Le goût pour la joie, pour l’irrévérence, pour la poésie coûte que coûte, la disponibilité cardinale pour ses proches, la nostalgie des fouilles dans des dépotoirs sauvages pour y dégotter des pichets en émail, des seaux ou des faitouts abandonnés…

« Le 31 octobre, j’ai attendu toute la journée un appel qui, je le savais pourtant, n’arriverait pas. Papa nous téléphonait tous les ans à cette date, c’était la tradition.“Allô… ween ?” lançait-il d’un air malin – nous riions à chaque fois (…)

Mon père appelait aussi le 18 juin. “C’est l’appel du 18 juin !” disait-il. À ceux qui venaient en visite, il offrait une pelle en plastique vert – dont il avait récupéré tout un stock – qu’il datait et signait. C’était la pelle du 18 juin. L’une d’entre elles est accrochée au mur, chez moi. En la voyant, je me demande si je continuerai d’attendre tout le reste de ma vie ces deux blagues pourries qui me faisaient fondre le cœur. » (p. 211)

* Certes déjà chroniqué dans les colonnes de l’Imprimerie Nocturne, mais la sortie en poche est l’occasion d’en redire du bien.

Alors c’est bien, récit de Clémentine Mélois, Gallimard, Paris, 2024, coll. « Folio », 2026, 226 p., Prix des libraires 2026.

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Infolettre

Recevez parfois un courriel avec nos dernières informations importantes !