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Club de lecture aléatoire #7

Un florilège fraîchement sélectionné pour bouquiner : bienvenue dans le Club de lecture aléatoire, rétrospectif sur 2025.


■ Coup de❤️ – Hazara blues de Reza Sahibdad et Yann Damezin

Troisième bande dessinée pour l’illustrateur Yann Damezin, ici sur le récit autobiographique de Reza Sahibdad. Hazara Blues démarre dans les bureaux de l’Ofpra, et nous emmène rapidement en arrière et à l’autre bout du globe, en Afghanistan, puis en Iran. Aucune fiction ici, si ce ne sont les cassettes vidéo interdites par le régime qui s’échangent sous le manteau : Reza Sahibdad retrace son existence jusqu’à son arrivée en France. Informations historiques, récit de vie, douleur de l’exil, les sujets s’émaillent sous les traits de Yann Damezin, avec un traitement couleur spécifique selon les lieux et les dates ; on y retrouve bien sûr ces éléments de décor inspirés du Levant qui déployaient déjà leur palette dans Majnoun et Leïli. Une réussite complète, qui arrive à mêler un fond douloureux à une forme fascinante.

240 pages – 20 août 2025 – Sarbacane

■ Douceur de la musculation – Martin Page

Tous les corps sont beaux. Je sais bien que, socialement, ce n’est pas vrai. Tous les corps et tous les visages et tous les caractères ne sont pas vus comme attirants. C’est notre travail de changer ça. En attendant, on se débrouille avec ce monde et ses codes.

Page 46

Halte aux idées reçues avec cet opus signé Martin Page : l’auteur vient ici redonner le goût de l’effort, pour soi. Loin d’un quelconque projet de développement personnel, Douceur de la musculation invite à s’occuper de nos muscles, de nos corps, d’observation des salles de sport aux tracas de santé. Un livre pesant moins lourd qu’une haltère mais aussi rafraîchissant qu’une douche après un sprint !

176 pages – 17 octobre 2025 – Le Nouvel Attila

Walabi – Antoine Philias

Le bonheur pour un dauphin est d’exister, pour l’homme de s’enrichir. Le marché le mène jusqu’à nos côtes, le fait trouer puis vendre nos peaux, baptiser nos ancêtres, qu’il entoure de barreaux.

Page 58

Étrange récit que ce Walabi pour lequel le narrateur n’est autre… que l’animal lui-même. Ce sont donc à travers ses yeux que nous percevons nos travers (in)humains dans ce récit qui semble être un miroir tendu à nos exactions diverses qui vont de la chasse à la captivité, et particulièrement celle des zoos. L’auteur rennais Antoine Philias à travers plusieurs courts chapitres nous fait donc suivre la vie de ce Walabi qui serait parfois poète et philosophe, conscient de sa condition peu enviable et qui nous analyse dans nos comportements ; un récit qui s’inspire de la présence incongrue de wallabies de Bennett en forêt de Rambouillet. Une lecture savoureuse qui remue nos positions spécistes, et pas dans le sens du poil !

128 pages – 7 mars 2025 – Asphalte éditions

■ Voyage voyage – Victor Pouchet

Ils se dirigeaient vers Hayange, en Lorraine, où ils avaient réservé une chambre à l’auberge de la Licorne.  Marie imaginait déjà une atmosphère Louis XIII, du vin chaud et de la poule au pot servis par une tenancière en tablier dans le clair-obscur poudré d’un restaurant. Mais peut-être qu’il ne fallait pas se fier au nom du lieu et qu’ils bénéficieraient simplement – dans le meilleur des cas – d’une salle de bains avec douche zénithale, de toutes les chaînes du câble et d’un petit-déjeuner continental servi jusqu’à 10 heures.

Pages 36-67

Ils sont deux. Il et elle viennent de vivre un événement traumatique. Alors iels prennent la route, vers des destinations aussi hasardeuses qu’improbables, sans date de retour. Sorte de road-movie désenchanté, Voyage voyage ne manque pas de sel, entre humour laconique et poésie d’aire d’autoroute, avec un ton qui fait parfois penser à Clémentine Mélois. De l’humour donc, des visites étonnantes, et un duo qui ne se lâche pas jusqu’au bout (de la route, et du livre).

208 pages – 21 août 2025 – L’arbalète/Gallimard

■ Les Yeux de Gaza – Fatma Hassona, Sepideh Farsi

S’il y a un livre photo à garder pour l’année 2025, c’est sûrement Les Yeux de Gaza. Une édition des photographies de Fatma Hassona, photojournaliste palestinienne assassinée le 16 avril 2025 avec 10 membres de sa famille. La jeune photographe s’était mise au travail pour documenter la guerre à Gaza et ses crimes, la destruction des maisons, la survie des civils sous les bombes. Au cœur du film Put your soul on you hand and walk, Fatma Hassona laisse derrière elle des images qui nous suivent. Un livre aussi difficile qu’indispensable.

144 pages – 24 septembre 2025 – Textuel

D’une rive l’autre – Dima Abdallah

« Non je ne penserai pas à tout ce que je laisse derrière moi. Je ne veux rien emporter avec moi à part la dernière plage de Beyrouth, les cafés en bord de mer de madame Hind et l’écume des vagues qui s’écrasent à nos pieds. J’emporterai avec moi tout ce qu’elle m’a conté de bonheur et je ne me dirai pas que tous les souvenirs heureux de madame Hind mourront bientôt avec elle ».

Page 136

Trois ans après le magnifique roman Bleu nuit, l’autrice Dima Abdallah revient ici avec d’autres thèmes, notamment l’identité et l’exil. On y suit, depuis la banlieue parisienne, un narrateur anonyme, qui tente de séduire Layla, et leur ami Elias. Amitié, liens familiaux, mais aussi amour des mots (et amour tout court) : la langue est ici parfois nostalgique, parfois enthousiaste, et régulièrement tendre. Un cheminement personnel du narrateur, qui nous emmène à la rencontre de Madame Hind à Beyrouth. Entre roman d’initiation et poésie, un véritable plaisir de parcourir D’une rive l’autre.

232 pages – mars 2025 – Sabine Wespieser

Sexe machine – Elizabeth Pich, Benjamin Garcia

Près de cinq ans se sont écoulés depuis la sortie en version française de Fungirl signé Elizabeth Pich : un récit hilarant, trash mais pas que, d’une héroïne et de ses colocataires. Avant le retour en long format Fungirl forever (2026), Super Loto éditions nous faisait le cadeau d’un récit court, Sexe machine. Tout est dans le titre ou presque, avec une dose de science fiction par-dessus, et toujours cet esprit aussi impertinent que salvateur : merci Fungirl !

40 pages – 18 avril 2025 – Super Loto

Bassoléa ou de l’herbe dans le ventre – Juliette Mezenc

Mon corps mort comme une leçon de vie, j’adore l’idée, j’ai presque hâte de ce moment où je donnerai sans compter mon corps aux sciences de la vie et de la terre, j’ai presque hâte de vivre mon recyclage, c’est fou, tu imagines, mon corps recyclé deviendra ferme pédagogique, et les corps vivants et les corps morts s’y mêleront de la plus belle puisque de la plus nécessaire façon, morts et vivants enfin sur un pied d’égalité, les morts ne seront plus escamotés par les vivants grands dominants.

Pages 48-49

Une lecture haletante, presque un souffle de mots qui passe rapidement : il y a peu de ponctuation dans ce texte signé Juliette Mezenc. On écoute Bassoléa qui vit dans un sous-sol, une véranda de terre, qui observe la folie du monde par en-dessous, qui analyse les animaux, l’infiniment petit, sa propre respiration, et le rythme d’écriture devient fascinant, hypnotique, à mesure de la lecture. Un livre inclassable, qui met des brins d’herbe un peu partout, et pas que dans le ventre.

64 pages – 18 avril 2025 – La contre allée

Wanted – Philippe Claudel

Mon idée est toute simple, non ? Je suis étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt, d’ailleurs. (…) Moi et mon argent, nous changerons le monde !

Pages 14-15

Imaginez un monde où l’un des plus grands milliardaires, tenez, au hasard, Elon Musk, décide de mettre à prix la tête de Vladimir Poutine, sous l’approbation du président des États-Unis. C’est sur ce scénario que démarre Wanted, court roman de Philippe Claudel. Un monde où l’argent est aussi roi que ses dirigeants sont grotesques. Un style accessible, et un jeu incessant avec le réel : ce que nous sommes en train de lire ressemble terriblement… à ce qui se passe. On rit, jaune, de cette entreprise américaine, avant un constat final, et sans échappatoire. À lire avant la construction d’un abri anti-atomique ?

140 pages – 14 mai 2025 – Stock

Minute poésie

Ketty Nivyabandi – Je suis un songe de liberté

J’écris des mots pour garder la tête au-dessus de l’eau. Faire taire les silences qui rugissent sous terre. Réduire l’espace qui s’étend entre nous. Les entends-tu ? (…)

extrait de Noire Atlantique, page 33

80 pages – 2 septembre 2025 – Éditions Bruno Doucey

On peut lire aussi


Alyte – Jérémie Moreau – Éditions 2024 – Janvier 2025
Mon vrai nom est Elisabeth Adèle Yon – Éditions du sous sol – 6 février 2025
Libres d’obéir – Johann Chapoutot et Philippe Girard – Casterman – Août 2025
Les Forces – Laura Vasquez – Éditions du sous sol – 21 août 2025
Punk à sein Magali Le Huche – Dargaud – Septembre 2025
La colonie – Anika Norlin – La Peuplade – 3 septembre 2025
Pente raide – Marin Fouqué & Samira Negrouche – Actes Sud – 3 septembre 2025
L’araignée à plumes – Morgane Le Cuff et Hélène Coudray – L’Œuf éditions – Novembre 2025
Aristote ou presque – Matthew Dowley – Presque Lune – Novembre 2025

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