La coupure des subventions touche directement la culture, qui, pour rester accessible au plus grand nombre tout en rémunérant des artistes, technicien·es, intervenant·es, et en proposant un éclectisme essentiel, peut parfois difficilement faire sans. Les récents événements survenus dans le Morbihan pour deux festivals affirment une position dangereuse : couper les vivres par désaccord idéologique.
Le FIFIG et les Galettes du monde
Un festival jugé trop « politique » : on aurait envie de rire tant la précision est grotesque. La culture est politique, la culture est un choix politique et une direction prise pour (rayer la mention inutile) s’informer, découvrir, rire, s’émouvoir, partager, coopérer, aiguiser son sens artistique, être bousculé, participer. Autant de mots qui ne sont apparemment pas à l’ordre du jour pour le conseil départemental du Morbihan qui vise le Festival international du film insulaire de Groix et Les Galettes du monde à Sainte-Anne-d’Auray, tous deux étant des événements majeurs du mois d’août dans le paysage culturel breton.

D’un côté, un festival de cinéma qui doit fêter ses 25 ans au mois d’août, privé de 10 % de son budget, de l’autre, un festival musical qui a fini par déprogrammer pour raisons de sécurité l’artiste au cœur de la polémique, le rappeur Médine, et perdant 32 000 € de subventions. Alors que le budget de la culture fond comme glace au soleil depuis des années, les désengagements locaux renforcent les difficultés économiques d’un maillage déjà profondément impacté. Et viennent surtout placer des indicateurs déjà malheureusement connus : si la programmation ne nous plaît pas, on coupe les fonds.
Dans le viseur du Rassemblement national

Couper les subventions pour saper les événements, c’est ce qui se déroule en Sarthe avec le festival d’arts de la rue Les Affranchis, événement culturel phare de cette ville de 15 000 habitants : avec l’élection du RN l’an dernier aux municipales, c’est un tiers du budget du festival qui a été retiré. Si la 33ᵉ édition de 2026 se maintient, c’est grâce à une solidarité locale et un effort de la part des artistes, mais qui ne peut pas tenir la distance à long terme pour une programmation exigeante.
Si tout le monde garde en tête l’exemple du théâtre d’Hénin-Beaumont, les communes à majorité RN pâtissent du même sort : à Castres dans le Tarn, en juin 2026, le maire RN a interdit la pièce de théâtre Passeport, d’Alexis Michalik, qui mettait en scène le parcours d’une personne migrante érythréenne. À Vauvert (30), le maire RN avait décidé en mai dernier d’annuler la subvention allouée à l’association en charge du festival de Jazz : conséquence, pas de festival 2026, mais un déplacement dans une commune voisine pour l’an prochain. Encore plus expéditif à Bruay-la-Buissière (62) où le RN a tout simplement supprimé la délégation culturelle.
Arrêter ou se réinventer

Le modèle du festival dépendant des subventions, désormais extrêmement fragilisé, met parfois fin à divers événements, sans pour autant invoquer un désaccord idéologique précis. Certains s’interrogent d’ailleurs sur la question comme le festival Les Filmeurs, dans l’Eure, qui a vu sa subvention départementale tout bonnement supprimée juste avant sa 13ᵉ édition début juillet, la privant sans concertation de la moitié de son budget. On peut mettre en lumière la fin du festival Des ronds dans l’eau qui animait Hennebont (56), qui a cessé son activité pour les mêmes raisons : plus d’argent. D’autres réfléchissent à pallier les baisses, comme Les pluies de juillet en Normandie qui construit un nouveau modèle économique, tout comme ici, à Rennes, le festival I’m from Rennes qui a cessé pour septembre prochain l’intégrale gratuité de ces événements. Résister, tester, mais comment continuer à faire quand il n’est plus possible de financer les événements, et par conséquent, celleux qui en vivent ?
L’enveloppe dédiée à la Culture dans le budget 2026 est en baisse de 173,4 millions d’euros, budgets déjà plombés entre 2024 et 2025 notamment avec près de 50 % des régions, départements, communes et métropoles qui ont diminué leur budget consacré à la culture. Le budget de la Défense quant à lui s’est vu augmenter de 6,7 milliards d’euros en 2026. Nous vous laissons le soin de faire quelques calculs mathématiques.
Pour aller plus loin //
Pétition de solidarité avec le FIFIG
Pétition 1 % culture obligatoire portée par le Syndeac
Article d’Alternatives économiques sur les petits festivals
Suivre le mouvement + que la musique
Lire L’exclusion culturelle – Manifeste pour une riposte populaire de Victorien Bornéat, édition du Faubourg, 2026











