Mythos 2014 : Vincent Delerm à l’Opéra. Ouverture.

Le concert d’ouverture de cette nouvelle édition du festival Mythos : Vincent Delerm à l’Opéra. Un peu plus d’une heure et demie de chansons issues de son dernier album, Les Amants Parallèles. On a tenté de compter les bâillements, on a plutôt rencontré des applaudissements.

delerm-mythos@operaAprès quelques phrases sur des plastiques pour rétroprojecteur indiquant que le concert sera en deux parties, Vincent Delerm entre discrètement sur la scène de l’opéra de Rennes. Baskets blanches, ses lunettes carrées de professeur de littérature comparée sur le nez, l’artiste bénéficie déjà d’un tonnerre d’applaudissements. Plus de 10 ans qu’il s’est forgé une solide place dans la chanson française. Que ses détracteurs se rassurent, il ne chante toujours pas vraiment, même si, anecdote de tournée, il a amélioré le travail de sa colonne d’air. Que ceux qui l’ont élu représentant de la mollesse d’une endive cuite se rassurent, il n’y a toujours pas de batterie ni de guitare électrique sur scène.

Cette chronique démarre mal et je me serais bien planquée derrière une mauvaise foi sans limite pour planter ici quelques phrases cyniques ; car oui Vincent Delerm, je l’avoue, je me suis un peu ennuyée dans tes histoires d’Amants parallèles (qui en plus rappellent trop bien la natation synchronisée écrite sur Kensington Square). Pour l’anecdote, je t’avais vu il y a un peu plus de dix ans, au théâtre d’Angoulême, et tu n’avais sorti qu’un seul disque. En bonne étudiante littéraire qui sait étudier le champ lexical de la terreur dans le regard du narrateur, j’aimais bien les ambiances nostalgiques de tes compositions et le décalage de tes textes. En bonne pianiste, j’avais même pris plaisir à jouer « Châtenay-Malabry ». Je passais effectivement mes dimanches à réviser les accords de Yalta et les figures de style recommandées pour le bac de français en écoutant avec plaisir  « Cosmopolitan ». C’était la belle époque du label Tôt ou Tard, et sûrement que, comme l’eau coule sous les ponts de Paris, tout change. En tout cas pas l’introduction de plusieurs nouvelles chansons démarrant par « ils avaient », où des personnages sous la neige ont l’air d’avoir la spontanéité d’un touriste avec un pull ®Lacoste sur les épaules à Juan-les-Pins. J’éviterais alors les phrases type « Delerm, c’était mieux avant » qui rappelleraient trop les associations type « la fille, l’escalier, et puis on s’est embrassé » ; c’était déjà un peu comme ça en réalité ; mais il y avait quelque chose en plus. La nouveauté et la naïveté peut-être. J’ai alors commencé à m’interroger ; est-il raisonnable de revenir voir un artiste 13 ans plus tard ? moi aussi ferais-je partie de cette galerie de personnages qui se ressemblent ? ai-je moi aussi une voix off durant le concert qui me poursuit ? ai-je bien fermé le gaz en partant de chez moi ?

Bref il y a quelques chose dans ces Amants parallèles qui ne passe pas pour moi, malgré la bonne idée du piano mécanique en complément, malgré une scénographie soignée qui rappelle l’univers cinématographique et qui cadrait à merveille dans l’opéra, des fins de titres à la manière de Bach et un humour pince-sans-rire. Et là-dessus, force est de constater que ça marche ; de la voix off à l’auto-dérision, le public rigole, car il se reconnait dans ces descriptions de couples qui s’ennuient ou de posters de Joe Montana.

Voilà donc l’explication de cette programmation en ouverture du festival Mythos des arts de la parole ; Vincent Delerm continue de raconter des histoires, celles de ceux qu’il observe ou celles qu’il vit, et c’est déjà ce qui avait fait son succès dès le début. Il y a quelque chose au cœur du texte qui avait parlé à certains, et c’est une évidence lorsqu’il attaque ses anciennes chansons, « La Vipère du Gabon » non pas au poing mais en tête. S’ensuivront pêle-mêle « Le Baiser Modiano », « Les Filles de 1973 ont (un peu plus de) 30 ans », « Fanny Ardant et moi », « Deauville Sans Trintignant » ou « Le Monologue shakespearien ». Le public murmure les paroles sous le plafond de l’opéra ou suit le rythme quasi ragtime (si si) de certaines chansons. Un rappel avec « Le Film », et une standing ovation dans le parterre. Puis la bobine s’est arrêtée. Et comme dans un film de La Nouvelle Vague, le public est parti sous la pluie lire du Tristan Corbière en fumant quelques cigarettes.

Mythos continue jusqu’au 22 avril ! Consultez le programme !

 

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