Les 5 et 6 mai 2026, le Théâtre du Vieux Saint-Étienne accueillait à guichet fermé Transfiguration d’Olivier de Sagazan. Un seul en scène et en argile.
« Si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes » Cicéron
Trois plaques métalliques suspendues, un homme en costume cravate, dans la pénombre. Passé une psalmodie, l’homme commence à se couvrir le visage d’argile et d’eau, pour se modeler un nouveau visage : mais à quel étrange rituel s’adonne cet employé de bureau ? Avec Transfiguration, déjà joué plus de 400 fois à travers le monde, l’artiste Olivier de Sagazan plonge dans plusieurs disciplines (peinture, sculpture, théâtre) et dans plusieurs interrogations : comment représenter un visage ? Quel(s) visage(s) avons-nous ? Quelle est notre identité ? Vivons-nous cachés dans notre propre intérieur chair ?

Le visage de terre s’agrémente de deux points noirs pour les yeux, un trait ou point rouge pour la bouche, les doigts faisant office de pinceaux. Puis le visage se déplace, l’homme tente de se figurer l’emplacement du nez, peut-être en haut, peut-être sur le côté, et défilent ainsi quantité de masques comiques ou inquiétants, sorte de carnaval que n’aurait pas renié James Ensor, et où la matière finit parfois jetée en arrière. Une matière projetée au sens propre et au sens figuré : la projection de ce que nous sommes, qui se modèle, se construit, se déconstruit, se remodèle et ainsi de suite.
« Ce qui veut dire que le visage humain n’a pas encore trouvé sa face, et que c’est au peinture à la lui donner. » Antonin Artaud, Le visage humain
Cette phrase, énoncée au début du spectacle, préfigure (sans jeu de mot) tout ce qui suit : le peintre cherche. Il explore. Il se cherche lui-même, avec humour et désespoir, avec auto-dérision et provocation. Une phrase d’Antonin Artaud, qui s’est trouvé sujet d’un tableau du peintre Dubuffet, qui n’hésitait pas à mélanger du sable, de la paille, bref de la matière à ses travaux picturaux. Une matière qu’Olivier de Sagazan manie lui aussi à sa guise, n’hésitant pas à y mettre le feu, à faire défiler une galerie d’animaux, à déconstruire le visage à la manière des autoportraits de Francis Bacon. Le personnage, toujours en perpétuelle transformation, ne s’arrête pas, transformant la scène en sculpture vivante jamais achevée : le propre même de notre existence ? L’artiste bouscule, dans l’épaisseur de la matière, pour nous renvoyer la question : y a quelqu’un ? Ce soir-là il y avait en tout cas, du public, des rires et une standing ovation.









