L’autrice, comédienne et metteuse en scène Juliette Bessou publie chez L’Harmattan une pièce de théâtre intitulée I Plateforme, où s’entremêlent la question du travail, de la hiérarchie, et quelques insectes. Questions réponses autour de cette publication.
Jusqu’où l’obsession de ne pas disparaître du marché du travail peut nous conduire dans une société très concurrentielle ?

■ Comment résumerais-tu ta nouvelle pièce, I Plateforme ?
En quelques mots, je dirai que I Plateforme est une suite de réactions en chaînes qui part d’une éruption de criquets aux États-Unis et qui aboutit à un bug informatique mondial. Cette histoire est racontée par le prisme de plusieurs personnages dont les vies vont être impactées à différents niveaux par l’arrivée soudaine de ces insectes.
■ Comment t’es venue cette idée de « galerie » de personnages, qui s’imbriquent dans un univers ultra contemporain où les réseaux sociaux ont une place prépondérante ?
La galerie de personnages est venue au fur à mesure de l’écriture, c’était important pour moi de les définir d’abord par leur emploi pour raconter différents rapports de force dans la société. Leur trajectoires se relient entre-elles à la manière des réseaux où nous sommes « connecté.es » ou « ami.es » avec des centaines de personnes qu’on ne connaît pas dans la réalité. Au-delà des réseaux sociaux, ce sont les notions de travail et de carrière que j’ai voulu pousser à leur paroxysme : Jusqu’où l’obsession de ne pas disparaître du marché du travail peut nous conduire dans une société très concurrentielle ?
Aborder cette question avec des personnages féminins est un choix assumé car aujourd’hui encore certaines professions sont effectuées en majorité par des femmes. Par exemple, des situations que j’ai vécu lorsque j’étais « agent d’entretien » pour financer mes études m’ont beaucoup inspiré pour écrire certaines scènes.
Élisabeth Varan : De quelle vérité vous parlez ? Tout le monde en a une de vérité. La mienne, c’est que cette nouvelle risque de nous faire perdre énormément d’argent et que nous ne pouvons pas nous le permettre car nous faisons fonctionner l’économie.
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■ Quand tu écris, est-ce que tu penses la mise en scène en parallèle ou c’est quelque chose qui vient plus tard ? Et est-ce qu’une représentation doit avoir lieu prochainement ?
Écrire du théâtre c’est composer pour la voix et le corps, alors j’écris à voix haute. Je ne pense pas à la mise en scène de façon globale, plutôt à la manière dont les mots vont résonner entre eux rythmiquement dans l’espace pour créer de la tension.
À partir du mois d’octobre, nous allons répéter au Théâtre du Cercle une forme théâtrale de ce texte pour deux comédiennes. Ce sera d’abord une « création légère » que nous pourrons jouer dans différents lieux pour travailler un rapport de proximité.
■ Quelles ont été tes influences (peut-être cinématographiques ?) pour écrire ce texte ?
Ce qui a déclenché mon intérêt pour la question des algorithmes c’est le documentaire Les Nouveaux Loups de Wall Street de Ali Baddou et Yvan Macaux, qui parle du Trading à Haute Fréquence.
On a souvent comparé l’univers d’I Plateforme à la série Black Mirror qui aborde de manière satirique les dérives technologiques. Même si je ne m’en suis pas inspirée directement, j’aime beaucoup cette série et c’est vrai que beaucoup de thématiques se rejoignent.
■ Quel serait ton dernier coup de cœur lecture ?
Mon dernier coup de cœur lecture c’est Le Journal d’un manœuvre de Thierry Metz que j’ai découvert complètement par hasard à la Librairie Planète Io. C’est un texte magnifique et très concentré qui raconte avec poésie le travail, les jours de repos et la vie qui passe.
I Plateforme – Une pièce de Juliette Bessou – Éditions L’Harmattan – Parue le 16 avril 2026










