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L’affaire Abdallah, documentaire de Pierre Carles.

Un condensé de problèmes géopolitiques enkystés autour de la question palestinienne, de l’expansionnisme israélien, du suivisme français et des influences douteuses états-uniennes.

En tant que militant marxiste anti-impérialiste libanais et membre fondateur en 1979 des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), Georges Ibrahim Abdallah après avoir été instituteur au début des années 70,prône la lutte armée contre l’occupant israélien et son allié états-unien, dans le cadre des guerres menées par Israël contre le Liban et la Palestine qui endeuillent la région. À ce titre, internationalisant le combat, il approuve les assassinats ciblés de 2 agents, l’un affilié à la CIA (le lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire adjoint de l’ambassade des États-Unis) et l’autre appartenant au Mossad (Yacov Barsimantov, deuxième secrétaire de l’ambassade d’Israël), en 1982, à Paris pour le premier et à Boulogne-Billancourt pour le second. Georges Ibrahim Abdallah est arrêté peu après, en 1984, quasi par hasard, à Lyon, s’étant réfugié dans un commissariat car craignant à ce moment-là d’être suivi par des hommes de main du Mossad. Muni de faux-papiers, il est tout d’abord accusé simplement d’association de malfaiteurs et possession illégale d’armes et d’explosifs. Puis les choses vont se compliquer.

Ce documentaire est truffé d’archives et d’entretiens avec des parties prenantes de cette histoire incroyable : avocats de la défense – parmi lesquels un véreux, au service de la DGSE, Jean-Paul Mazurier, qui écrira même un livre au sujet de sa trahison et passera sans honte se justifier chez Bernard Pivot (trahison qui à elle seule aurait dû invalider le résultat du procès intenté) – ; journalistes plus ou moins défaillants, tel Edwy Plenel à ses débuts, oublieux de vérifier leurs sources, rapides à propager des hypothèses fallacieuses ; personnalités politiques de premier plan plus ou moins soumises aux diktats états-uniens telles que Manuel Valls, Laurent Fabius, François Hollande, Charles Pasqua, Robert Pandraud, Éric Dupond-Moretti qui, tout au long de cette histoire, s’assoiront tous sur les droits de la défense, sur la souveraineté nationale et sur l’indépendance de la justice par rapport aux pouvoirs en place… Avec opiniâtreté, Pierre Carles et son équipe reviennent donc sur les aspects problématiques de la longue incarcération de Georges Ibrahim Abdallah,condamné à perpétuité, et dont la libération, puis l’expulsion vers le Liban, n’auront lieu qu’en 2025. Tout d’abord, s’il a écopé d’une si longue et lourde peine, c’est parce que les médias de l’époque l’ont copieusement accusé d’être aussi responsable des attentats aveugles qui ont traumatisé Paris à la même époque et qui n’étaient pas l’œuvre des FARL mais étaient le signe de la colère des Iraniens qui n’avaient pas apprécié que la France livre à l’Irak des avions Super-Étendard avec lesquels les Irakiens bombardaient l’Iran et notamment des cibles civiles. L’Iran aurait aussi eu à reprocher à la France de ne pas rembourser ses dettes, concernant le consortium Eurodif spécialisé dans l’enrichissement de l’uranium. NB : C’est à la même époque que des ressortissants français comme les journalistes Jean-Paul Kauffmann et Michel Seurat seront capturés et pris en otage au Liban par des groupuscules pro-iraniens.

Calomnies, approximations et contre-vérités ont occupé les unes et les journaux télévisés, accusant le clan Abdallah de tous les maux. Bien sûr, la mise en relief de ce naufrage médiatique, de cette faillite de la déontologie journalistique des années 80, n’est pas sans rappeler la façon dont les médias encore aujourd’hui reprennent la syntaxe israélienne pour désigner, en chœur et à l’unisson, comme terroristes toutes les formes de résistances (qu’elles soient palestiniennes, libanaises voire iraniennes) s’opposant à l’expansion et à la colonisation brutale poursuivie par l’État hébreu. C’est là le premier point pour comprendre comment l’hystérisation du débat public et la désinformation à grande échelle, nourries par les services même de l’État et relayées par les grands médias, ont conduit à appliquer une peine à ce point disproportionnée. Le deuxième point pour expliquer cet acharnement (au-delà du fait que Georges Ibrahim Abdallah soit arabe, communiste révolutionnaire et barbu) se dévoile lorsque sont prises en compte les ingérences étrangères, états-uniennes en l’occurrence, pour prolonger la peine du résistant libanais en dépit du droit français et du droit international. Les documents classifiés mis en lumière par Wikileaks et Julian Assange en apportent la preuve.

Néanmoins, la lutte, la persévérance des avocats comme Maître Jacques Vergès (1924-2013) puis Maître Jean-Louis Chalanset, et les mobilisations, durant des décennies, d’une foule d’anonymes ou de personnalités comme l’eurodéputée Rima Hassan, ont fini par déboucher sur la libération de Georges Ibrahim Abdallah qui vit désormais au Liban (dans un pays toujours bombardé par Israël – l’Histoire hélas n’en finit pas de bégayer), où sa voix pour dénoncer les oppressions continue de porter et d’appeler à la révolution populaire.

L’affaire Abdallah, documentaire de Pierre Carles, présenté ce lundi 13 avril 2026 à l’Arvor en présence du dessinateur Pierre Ramine, en partenariat avec Attac, l’Imprimerie Nocturne, les amis du Monde diplomatique et le comité rennais de l’association France-Palestine. Durée : 1 h 41, France, 2026.

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