Des trucs très beaux. N°1 consolation

Nous entamons aujourd’hui une série de propositions de lecture, ce « truc très beau qui contient tout » pour reprendre le titre d’un recueil de lettres de Neal Cassady paru aux Éditions Finitude. Avec de la poésie, des mythes, des portraits, des voyages, des couleurs et des humains, forcément.

Des livres aux formats courts. Parce qu’en ce moment, la concentration peut manquer. Compliqué de tourner des pages avec attention à force de tourner en rond. Le virus coupe les ailes, dissout le ciel et les nuages, arrime les pieds au sol et conditionne la liberté à une feuille dérogatoire. Interdiction de s’envoler sous peine d’amende. Pas de case « Déplacement pour cause de respiration » à cocher. Et une présentation brève, place aux textes et à leurs auteurs. Parce que notre voix ne porte plus aussi loin, enfermée entre quatre murs et que nos mots figés soudain, ont le souffle court. Impossibilité de jeter l’encre, de lancer des bouteilles à la mer. Plus personne ne les ramassera. Plages vides, coquillages et crustacés abandonnés. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier a écrit Stig Dagerman, auteur suédois (5 octobre 1923 – 4 novembre 1954) qui lance cette série sur le thème de la consolation.

Notre besoin de consolation

  »Qu’ai-je alors entre mes bras ? Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur. »

« Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. À la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain. »

« Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. À son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant. »

 

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman, 21 pages, Actes Sud.

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