Un monde plus grand, de Fabienne Berthaud

Un monde plus grand, de Fabienne Berthaud : une virée au pays des rennes pour lâcher les rênes.

 

Corine (Cécile de France), sonorisatrice, déprime depuis que son musicien de mari a quitté le monde des vivants. Un grand bol d’air lui ferait le plus grand bien. Ça tombe bien, la boîte de prod pour laquelle Corine bosse planche sur un projet de reportages sur les pratiques chamaniques à travers le monde. Alors ni une ni deux elle s’envole donc pour les steppes lointaines, pour enregistrer des sons parmi des éleveurs de rennes, nomades animistes aux pratiques chamaniques qui sont l’objet de départ de ses investigations.

La découverte de la transe, lors d’une cérémonie de guérison en présence d’Oyun (Tserendarizav Dashnyam), une vieille chamane malicieuse, va propulser Corine sur les voies d’un monde magique, mystique – celui de la spiritualité qui réconcilie l’être humain avec la nature profonde du monde (y compris avec les esprits des morts que la transe permet de rencontrer, voire de questionner).

Bouleversée par cette expérience qui est au centre d’Un monde plus grand, Corine refuse de se cantonner à une vision occidentale, matérialiste et cartésienne du monde. Oyun, la chamane mongole rencontrée au fin fond des steppes de l’Asie du Nord-Est, va prendre en charge l’initiation de la jeune Française, dont le loup s’avère bientôt être l’animal-fétiche.

Oyun_webSous la houlette bienveillante et rude d’Oyun (Tserendarizav Dashnyam), Corine (Cécile de France) se réapproprie son histoire, retrouve son énergie, à travers des gestes simples comme la corvée d’eau, la traite des rennes ou le coupage de bûchettes à la hache, en attendant d’être prête pour poursuivre son initiation.

Confrontation entre 2 mondes qui ont chacun leur médecine, leurs us et leurs croyances, Un monde plus grand rend hommage aux traditions vénérables d’une civilisation qui ne connaît ni le Wifi ni l’eau courante ni les anxiolytiques. Basé sur une histoire vraie, celle de Corine Sombrun qui va devenir une spécialiste de la « transe cognitive », encadrée par des protocoles scientifiques permettant d’étudier ce phénomène, Un monde plus grand opère un rapprochement entre ces 2 mondes, qui ont visiblement beaucoup à gagner à ne pas se craindre mutuellement. Ce film ravira donc les férus d’exotisme et de sorcellerie aussi théâtrale que thérapeutique*, rappelant au passage que se contenter d’un modèle unique (européen, productiviste, réduisant la nature à un espace quadrillé dédié à l’exploitation des ressources) amènerait inévitablement à un rapetissement du monde.

* Ces pratiques magiques ne sont pas sans lien avec celles décrites à la fin de L’Afrique fantôme, de l’ethnologue-écrivain-sociologue ami des surréalistes Michel Leiris, ouvrage rédigé durant un long périple fabuleux, dans les années 30, qui le mena de l’Afrique de l’Ouest à celle de l’Est, lorsque les indépendances étaient loin d’être acquises, que les moyens de locomotion étaient aléatoires et que le pillage des ressources coloniales était allègrement décomplexé, voyage lors duquel Michel Leiris s’intéressa de très près aux pratiques sacrificielles de la vieille Malkam Ayyahou, possédée par les génies « zar », sans jamais savoir avec certitude si celles-ci relevaient du folklore à son intention en vue d’obtenir quelque babiole et autres bestioles à saigner ou privilège ou si elles étaient tournées vers les esprits sollicités (coll. « Tel », Gallimard, Paris, 1934, réédité en 1981, 690 pages, 18,90 €).

Un monde plus grand – Drame français de Fabienne Berthaud – Avec Cécile de France, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier… – Durée : 1h40 – Sortie le 30 octobre 2019.

Envie de réagir ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>