Tsar, fresque historique féroce

Le réalisateur russe Pavel Lounguine s’attaque à un pan d’histoire avec l’histoire du cruel Ivan le Terrible. Un long film, violent et torturé : Tsar, une réussite esthétique et dramaturgique.

1565. Russie. Ivan IV Vassiliévitch, premier tsar de Russie surnommé Ivan le Terrible s’enlise dans une guerre avec la Pologne. Poursuivi par les démons du Jugement dernier qu’il sent s’approcher, englué dans une foi qui le torture, tout autant que lui même torture ceux qu’il considère comme des traîtres dans ses geôles infâmes, Ivan fait alors appel à Philippe de Moscou, à ce moment là supérieur au monastère des îles Solovki. Ce dernier dénoncera les crimes d’Ivan, tentant de le ramener à la raison, et ce jusqu’à causer son propre exil, puis enfin son assassinat. C’est ce face à face, à travers le prisme de  la religion orthodoxe russe, que le réalisateur Pavel Lounguine met en scène en 2009 dans son film Tsar. Une fresque grandiose à l’image des déserts enneigés de la Russie, une Russie qui saigne de la tyrannie de son dirigeant.

Le film se divise en quatre tableaux; le premier, « la prière du tsar », nous présente un homme à la limite du grotesque, que la violence et la paranoïa habitent jusqu’à une certaine schizophrénie; incarné avec force par Piotr Mamonov, le personnage dès le début, inquiète, d’un regard sombre et perçant. Le deuxième acte, « la guerre du tsar », nous emmène au plus près des combats avec les polonais. Puis vient « la colère du tsar », qui amène Philippe de Moscou à perdre son poste de métropolite. Interprété par Oleg Yankovsky, le religieux semblait être le seul rempart à la folie meurtrière d’Ivan. Son exil mène au dernier chapitre, « le divertissement du tsar », où la torture prend l’ampleur d’une gigantesque fête foraine, un parc d’attraction où même les hérétiques vont jusqu’à provoquer leur perte. Suite à sa folie démesurée, Ivan le Terrible finit, seul sur son trône, après avoir fait assassiner le métropolite martyrisé qui sera alors canonisé.
Loin du traditionnel film biographique comme pouvait l’être le film d’Eisenstein en  1944, ce Tsar pointe une seule partie de la vie d’Ivan le Terrible, sa relation conflictuelle avec la religion incarnée par le métropolite. Beaucoup de scènes où sont invoquées des paroles pieuses, costumes imposants et décors riches comme les icônes dorées à l’appui, le film tente de démêler la part de religion de la part de folie qui a habité le tyran. Impossible de s’ennuyer devant ce film instructif, peu de réalisations cinématographiques ayant traité du sujet, impossible de ne pas frémir devant les scènes d’écartèlement ou de torture; difficile également d’oublier que ces horreurs, malgré leur ancrage à une époque précise, émaillent l’histoire de bien des peuples.
Tsar fascine autant par son côté baroque et dantesque qu’il effraie par son versant barbare; maniant le sujet avec brio, Pavel Lounguine nous livre donc un portrait sans concession d’un des personnages les plus célèbres de la Russie, Ivan le Terrible.

 


Tsar – Un film de Pavel Lounguine sorti le 13 janvier 2010 – Avec Piotr Mamonov (Ivan le Terrible),Youri Kuznetzov (Maluta Skuratov), Oleg Yankovsky (Filipp)

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