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Des idées de génie ? Dans les bagages d’un Grand patron, de Brice Gravelle.

Un docu gentiment insolent sur les hauts et les bas de la globalisation mondialisée et de la mégalomanie presque risible de ces grands patrons que les scrupules n’étouffent pas.

Philippe Ginestet, le fondateur de GiFi, est un homme d’affaires français dont la fortune (entreprises, biens immobiliers, etc.) se chiffre en milliards d’euros. Pour éviter des grèves de ses salarié·es (ce qui mettrait à mal la rentabilité basée sur des importations massives de chinoiseries stockées dans des entrepôts gigantesques avant d’être redispatchées dans des magasins immenses et de plus en plus nombreux), des collaborateurs recommandent – pour masquer les bas salaires et les obligations de travailler le dimanche – d’instiller une bonne ambiance et d’installer des tables de ping-pong censées incarner la détente et la bonne humeur. Philippe Ginestet, sportif, joueur et bon vivant, va plus loin en organisant des tournois de poker et des sorties en VTT, en ski, à Megève ou à Las Vegas, où sont convié·es ses cadres les plus méritant·es dont les yeux se mettent alors à pétiller.

Suivi dans son quotidien par Brice Gravelle et son équipe, que ce soit lorsque ses employé·es chantent littéralement ses louanges ou qu’il reçoive des personnalités comme Benjamin Castaldi à bord de son yacht battant (pour des raisons fiscales) pavillon maltais, ce patron aux goûts clinquants, faussement bonhomme, qui adore se mettre en scène, renvoie de lui dans ce documentaire habile, une image souvent malaisante. On sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans sa façon de parler d’amour et de famille à propos des liens qui l’uniraient à ses employé·es et à ses entreprises. On sent bien qu’il en fait des caisses et que le sort de son prochain lui importe moins, au fond, que les bénéfices records qu’il peut engranger – en s’arrangeant toutefois pour échapper à l’impôt sur la fortune – ou que l’image d’homme simple, affable et bon qu’il s’efforce de forger en étant sans cesse accompagné par sa femme et par Joffré, son caniche blanc au brushing impeccable.

Le plan social qu’il mettra en place en 2019, après le rachat deux ans plus tôt de l’enseigne Tati (sans parler du redressement judiciaire que GiFi subit aujourd’hui, en 2026, et qui menace des centaines d’emplois) indique assez clairement que l’éthique philanthropique – quoi qu’en pense la grande prêtresse de l’ultralibéralisme d’extrême droite Sophie de Menthon (créatrice du concept passablement douteux « J’aime ma boîte ») que l’on rencontre au détour de ce documentaire et qui y ajoute quelques degrés supplémentaires dans la mal-aisance –, dont se targuent des grands patrons tels que Philippe Ginestet, relève surtout de la com’ et du bagout. Pour ne pas dire de l’entourloupe.

Des idées de génie ? Dans les bagages d’un Grand patron, documentaire de Brice Gravelle, 1 h 33, produit par les Mutins de Pangée, 2024, accompagné d’un livret contextuel éclairant de 46 pages, Des idées de patron, où l’on comprend ce qui a amené le réalisateur à se pencher sur ce « sacré personnage » et où l’on retrouve notamment les analyses mordantes du journaliste au Monde diplomatique Philippe Baqué et du sociologue Nicolas Framont, auteur par ailleurs de Parasites ou de Saint-Luigi (tous deux parus aux éditions Les Liens qui Libèrent, 2024 et 2025).

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