Penser la fatigue, un essai de Pascal Rougé

Penser la fatigue, de Pascal Rougé : un opuscule pour aider à se respecter, à mieux cerner ses rythmes et in fine vivre plus intensément.

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L’effort de la philosophie porte sur l’évidence, sa quête, sur la mise en lumière de vérités, de concepts universels exploitables ensuite par tous. Ici, Pascal Rougé se penche sur le thème de la fatigue. Que nous dit-elle de notre propre corps, de nos limites, de nos faiblesses ? Que montre-t-elle du corps social, de son fonctionnement, de ses dérives, de nos mœurs parfois bizarres ? De quoi est-elle le symptôme ? De quels excès est-elle la marque visible ?

La fatigue est ainsi analysée comme le stigmate auquel nul être humain soumis à l’effort (plus ou moins librement consenti) ne peut ni ne pourra jamais se dérober, car la vie nous fatigue à petit feu, ou nous consume lorsque nous nous soumettons aux forces cupides et sans vergogne du monde capitaliste. La fatigue apparaît et est perçue de façon inégale, en fonction des métiers exercés, de nos échelles de sensations et de références, de nos expériences les plus intimes, des pressions subies, des normes intégrées, des objectifs (plus ou moins atteignables) qui nous sont assignés, de nos âges ou nos choix de vie.

Aussi, si, poussée à son paroxysme, elle conduit au burn-out ou à la dépression, à la perte de sens pour nos existences pressurées, à la dislocation de l’unité (pourtant éminemment souhaitable) du je, à l’épuisement des ressources et « ressorts nécessaires pour se transcender » (p. 45), la fatigue est, écoutée avec bienveillance, l’indicateur qui précède la pause, le repos, les rêves, l’arrêt du travail, le sommeil réparateur, le temps libre que l’on pourra employer « à jouir de la lumière du soleil » (in Le Capital, de Karl Marx, Garnier Flammarion, 1969, p. 200, cité page 36).

 

Extraits

« Il s’ensuit que les causes de la fatigue produisent un certain nombre d’effets dont une vie empêchée. Non seulement elle inonde l’intérieur de l’être sous le signe d’une certaine pesanteur où tout est fardeau et contrainte. Mais surtout, elle censure les formes d’épanouissement durable en restreignant nos capacités d’action. Avec cette fatigue, que l’on pourrait qualifier d’exténuation, on fait l’expérience de son impuissance présente. De ses limites incapacitantes. D’une paralysie plus ou moins invalidante. D’un déclin engluant de nos forces. Comme si l’on n’était plus ce grand vivant potentiellement capable d’ajouter quelque chose à ce qui existe déjà. On comprend mieux en quoi la fatigue est surtout un processus de néantisation dans la mesure où elle siphonne toute volonté et dégrade toute affirmation positive de soi. »

pages 16-17

« Cause d’isolement, [la fatigue] soustrait le moi relationnel à toute forme de vie communautaire. C’est pourquoi il existe au cœur même de la fatigue une dissolution du commun qui désorganise toute fraternité charnelle et festive. »

page 22

« La fatigue, et non la paresse, est la cause des maladies de la volonté (in La fatigue d’être soi – Dépression et société, d’Alain Ehrenberg, Odile Jacob, Essais, 1998, p. 16). »

page 44

« L’homme fatigué vit à la limite de soi-même et, même, à la surface tant il ne peut plus puiser au fond de lui-même les ressorts nécessaires pour se transcender. »

page 45

 

Penser la fatigue, de Pascal Rougé, Éditions Le Temps qui passe, Bruz, 48 pages, 7 €, 2015.

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