Les 8 salopards de Quentin Tarantino

Les 8 salopards : un western américain avec des grands espaces, des lieux confinés et des tueurs sanguinaires.

 

Samuel L. Jackson, l’acteur fétiche du réalisateur américain, est de retour. Il joue le major Marquis (prononcez : « Marcouisse »), qui combattit dans les rangs nordistes lors de la Guerre de Sécession. Ce grand Black, chasseur de primes depuis la réddition inconditionnelle des troupes confédérées, se rend, en plein hiver, à Red Rock, dans le Wyoming, où il a prévu de remettre aux autorités les cadavres de 3 outlaws dont les têtes sont mises à prix, « dead or alive ». En chemin, il croise la diligence de J. Ruth dit « Le Bourreau » (Kurt Russell), chasseur de primes également qui quant à lui a choisi de ramener sa proie vivante à Red Rock, pour qu’elle y soit pendue haut et court. Au bout d’une corde. Jusqu’à ce que mort s’ensuive.

diligence La diligence arrivera-t-elle à Red Rock ? Vous le saurez en chaussant vos santiags mexicaines pour aller de ce pas voir ce western enneigé…

Un maudit blizzard va changer la donne. Acculée par l’intempérie, la diligence doit faire halte à la mercerie de Minnie, où d’autres voyageurs patibulaires sont eux aussi bloqués. Dans ce quasi huis-clos montagnard, le climat, glacial et venteux, isolant l’auberge d’altitude perdue dans de vastes espaces hostiles, joue le rôle principal.

Les hommes qui y ont trouvé refuge ne sont pas là par hasard. Les démons du far-west (la violence, le racisme, la justice expéditive, la souffrance, l’omniprésence des armes à feu, la cruauté, la vengeance et la précarité existentielle) sont convoqués. Heureusement non sans humour ni effets grand-guignolesques plutôt réjouissants.

Notons que ces notes d’humour auront très certainement échappé aux milices de la morale incarnées notamment par l’association des pisse-froid incultes et inopportuns de Promouvoir qui souhaiterait pour sa part que les restrictions apportées au film Les 8 salopards de Quentin Tarantino* soient revues à la hausse, et que son visa d’exploitation lui soit retiré… S’ils avaient été en mesure de le faire en ces époques, gageons qu’ils auraient réussi à faire interdire Jérôme Bosch (1450- 1516), Michel-Ange (1475 – 1564), Otto Dix (1891 – 1969) et Boris Vian (1920 – 1959)**.

Épicé par la musique de l’Italien Ennio Morricone, et par les gros plans sur les sales gueules des acteurs·rices (en premier lieu Jennifer Jason Leigh qui interprète une effroyable et rocambolesque Daisy Domergue aux dents de devant et au nez pétés capturée par un « Bourreau » impitoyable aux bacchantes formidables), comme autant de clins d’œil au maître du genre Sergio Leone, ce long-métrage de belle longueur, mais sans temps morts même si les macchabées se ramassent à la pelle, est découpé en 5 chapitres (5 actes qui rappellent la progression d’une pièce de théâtre classique mais dont, au final, le deus ex machina ne surgirait pas du ciel infini, mais bien au contraire des sombres profondeurs et autres bas-fonds de cette auberge où c’est dans le sang chaud et avec sang-froid que se règlent les comptes).

Inutile d’ajouter que le tout fonctionne parfaitement.

 

* Après Love de Gaspard Noé, La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Antichrist de Lars von Trier, Bang Gang d’Eva Husson

** Pour l’anecdote, rappelons que la censure n’a pas attendu les olibrius mal embouchés de Promouvoir pour exister. En 1566, certains corps nus – pourtant magnifiques – de la chapelle Sixtine, jugés offensants, sont « rhabillés ». Le peintre Otto Dix, dont l’art est jugé dégénéré, est lui aussi victime de la censure nazie dans les années 30. La chanson « Le déserteur » de Boris Vian est interdite quant à elle durant les guerres d’Indochine et d’Algérie (boucheries innommables guerres qui, elles, en revanche, sont autorisées…). La liste est longue des pudibonderies mal placées et des hypocrisies consistant à incriminer la représentation artistique d’une horreur plutôt que l’horreur elle-même.

Les 8 salopards, western américain de Quentin Tarantino – Avec Jennifer Jason Leigh, Samuel Leroy Jackson, Kurt Russell, Walton Goggins – Durée : 2h47 – Sortie le 6 janvier 2016 – Musique composée par Ennio Morricone (Prix de la meilleure musique aux Golden Globes) – Interdit aux moins de 12 ans.

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