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Antipode : trois voix singulières pour une soirée suspendue entre l’intime et l’étrange

Une première soirée réussie pour le festival Mythos à l’Antipode le 4 avril 2026.

À l’Antipode, certaines soirées donnent l’impression de ne ressembler à aucune autre. Celle réunissant Ellie James, Meryem Aboulouafa et Gildaa appartenait clairement à cette catégorie : trois artistes, trois univers, et une même manière de transformer la scène en territoire sensible. Programmé dans le cadre du festival Mythos, ce plateau avait tout d’un voyage progressif, allant de la confidence feutrée jusqu’à une forme de transe théâtrale.

Ellie James, la délicatesse en ouverture

C’est Ellie James qui ouvre la soirée avec une présence immédiatement désarmante. Seule au milieu de ses machines, de sa guitare et de quelques claviers, elle installe une atmosphère presque domestique, comme si la grande scène de l’Antipode se transformait soudain en chambre à ciel ouvert.

Sa pop électronique joue sur une ligne fine : jamais démonstrative, mais constamment habitée. Sa voix, fragile sans être effacée, flotte sur des arrangements minimalistes qui laissent toute la place aux nuances. Il y a dans ses morceaux cette mélancolie lumineuse qui ne cherche jamais l’effet, préférant la sincérité à la performance.

Sur scène, Ellie James ne cherche pas à remplir l’espace : elle l’apprivoise. Et c’est précisément cette retenue qui capte. Dès les premiers titres, le public se tait presque instinctivement, comme pour ne pas briser ce fil ténu qu’elle tend entre elle et la salle.

Et c’était sans compter sur la présence de la chorale féministe LOUVES pour accompagner Ellie James sur l’un de ses titres.

Meryem Aboulouafa, l’élégance du vertige

Puis vient Meryem Aboulouafa, et avec elle un changement de texture. Là où la première partie s’installait dans l’intime, la musicienne marocaine élargit le cadre vers quelque chose de plus cinématographique.

Sa voix grave, profonde, presque hypnotique, semble porter chaque morceau comme un récit ancien réinventé. Entre anglais et arabe, elle navigue avec une fluidité saisissante, faisant dialoguer ses racines avec une écriture contemporaine, subtilement nourrie de pop orchestrale et d’électronique discrète.

Le plus marquant reste cette capacité rare à créer du silence autour d’elle. Pas seulement l’absence de bruit, mais un vrai silence d’écoute. Chaque morceau paraît suspendu quelques secondes de plus que prévu, comme si personne dans la salle ne voulait être le premier à revenir au réel.

Sur scène, Meryem Aboulouafa habite ses chansons avec une grâce presque austère, et c’est précisément cette sobriété qui rend son passage aussi marquant.

Gildaa, entre performance et possession scénique

La soirée bascule complètement avec Gildaa. Dès son entrée, on quitte le concert traditionnel pour entrer dans autre chose : un espace mouvant entre musique, performance, satire et rituel. Pour ne pas spoiler les futurs spectateurs, il ne sera pas ici question de scénographie, car c’est une expérience à découvrir.

Gildaa ne chante pas simplement ses morceaux, elle les incarne. Son corps devient prolongement de la musique, son regard capte la salle, et les interludes invitent au rire, parfois empreints de dérision. Son univers, à la croisée de la chanson, du baile funk, du jazz et du R&B, prend sur scène une dimension encore plus étrange que sur disque.

Il y a chez elle quelque chose d’insaisissable : un mélange de fragilité et de puissance, de second degré et de tension réelle. Le public ne sait jamais tout à fait s’il doit sourire, observer ou se laisser embarquer. Alors il fait les trois à la fois.

Plus qu’un simple final, Gildaa transforme la dernière partie de la soirée en expérience collective, presque en performance immersive, laissant la sensation d’avoir assisté à un moment rare, à un véritable spectacle sur une humanité, difficile à résumer autrement qu’en le vivant.

Une soirée en trois chapitres

Ce qui rendait cette affiche particulièrement forte, c’était justement la cohérence entre ces trois propositions pourtant très différentes. Ellie James ouvrait une porte intérieure, Meryem Aboulouafa élargissait l’horizon, et Gildaa venait tout déconstruire pour mieux refermer la soirée.

Trois artistes féminines, trois écritures personnelles, et une même capacité à faire de la scène autre chose qu’un simple lieu de diffusion : un espace de transformation.

À l’Antipode, ce soir-là, la musique ne s’est pas contentée d’être entendue – elle s’est ressentie.

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