« Black Mirror » : a copy of a copy of a

Après l’épisode interactif « Bandersnatch » la série Black Mirror est de retour sur Netflix depuis le mercredi 5 juin 2019 pour une cinquième saison, composée de seulement trois épisodes. Petite analyse sans trop de spoils de ces épisodes et ce que la série de Charlie Brooker a encore à dire aujourd’hui.

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« Striking Vipers »

Danny et Karl, deux potes de fac, fanas de jeux vidéo, se retrouvent à l’approche de la quarantaine avec le lot de questions existentielles qui va avec (couple, famille, routine). À travers le jeu en réalité virtuelle « Striking Vipers », ils vont tous les deux découvrir une nouvelle dimension, et pas seulement de jeu.
Un épisode touchant mais néanmoins en mi-teinte, qui cède à une certaine facilité visuelle (les scènes de « combat »), surtout après le parfait « San Junipero » de la troisième saison, aux questionnements similaires sur plusieurs points. Avec Anthony Mackie et Yaha Abdul-Mateen II (« Us »).

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« Smithereens »

Chris (Andrew Scott, vu dernièrement dans la série « Fleabag »), chauffeur de VTC au bout du rouleau, exècre de façon obsessionnelle Smithereen, le plus gros réseau social du moment. Il réussit à prendre en otage un membre du personnel de la société dans un but très précis.
Bien que l’interprète principal investit véritablement son personnage et que le suspens policier est plutôt bien mené, le dénouement retombe comme un soufflé tiède, même s’il pointe un problème bien réel et sérieux.

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« Rachel, Jack and Ashley Too »

Rachel (Angourie Rice) et sa sœur Jack (Madison Davenport) sont deux sœurs qui essaient chacune à leur façon de continuer leur vie d’adolescente malgré le décès de leur mère. Solitaire et introvertie, Rachel est obnubilée par la pop star Ashley O (Miley Cyrus, autre célébrité du genre), au point de demander à son père de lui offrir la poupée électronique Ashley Too, véritable copie de la chanteuse et amie de substitution. Quant à la Ashley de chair et d’esprit, elle se débat avec son entourage pour la gestion et l’incarnation de sa carrière.

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Cette cinquième saison était annoncée et attendue depuis le film interactif Bandersnatch, sorti le 28 décembre 2018. La bande-annonce de la saison a été diffusée le 15 mai par Netflix. Elle ne comporte que trois épisodes d’un peu plus d’une heure, tandis que les précédentes produites par la plateforme en comportent six, notamment pour des raisons de temps et de coût engendré par « Bandersnatch ». Charlie Brooker y explore des thèmes centraux de sa série : capacités et limites de la réalité virtuelle, dérives et aliénation technologiques, mémoire physique et dématérialisée, au-delà du discours simpliste et dépassé criminalisant la technologie seule. Elle n’est jamais qu’un outil, pas toujours développé à mauvais escient, même si « White Bear » et « Nosedive » en sont l’application totalitaire. Il faut aussi questionner les intentions de la personne qui l’utilise. Par exemple, Twitter permet de s’informer et se réunir pour militer, mais permet aussi de harceler jusqu’à l’insoutenable (et ce ne sont pas les malheureux protagonistes de « The National Anthem » et « Hated in the Nation » qui diront le contraire). Souvent la vie quotidienne dérape d’un rien, et là que ces outils modernes jouent leur rôle dans « Black Mirror » – rarement en bien et toujours comme un miroir grossissant du monde réel, rendant les smartphones et autres écrans un peu plus anxiogènes à tapoter.

Mais la quatrième saison donnait déjà une impression d’essoufflement de l’univers et des réflexions qu’il amène, même si elle reste agréable à (re-)visionner – l’épisode « Black Museum » aurait largement suffi tant il aborde tous les thèmes centraux de la série avec talent et un final fort d’une certaine symbolique. Cette nouvelle n’échappe pas à cette sensation, en dépit de bonnes idées de base et d’une photographie toujours soignée. Coïncidence avec l’arrivée de Netflix dans la conception de la série ?

On peut néanmoins noter le choix judicieux de Miley Cyrus au regard de sa carrière personnelle, depuis « Hannah Montana » jusqu’à son émancipation musicale, dont le personnage questionne la pression sur les artistes femmes dans l’industrie musicale au nom du spectacle, qu’importe le coût humain. Un petit point référence : le tube « On a roll », la chanson à succès de Ashley O, est une variation de la chanson jouée à la toute fin de l’épisode, « Head like a hole » de Nine Inch Nails. On vous laisse chercher les références aux autres épisodes de la série par vous-même.

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La cinquième saison de « Black Mirror » est disponible sur Netflix depuis le mercredi 5 juin 2019, ainsi que l’intégralité de la série.

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