[Interview] Krav Boca, la langue et le feu

Le groupe toulousain au mélange rap-punk-meuleuse Krac Boca donnait quelques dates en Bretagne sur la lancée de leur album Pirate party. On a croisé leur camion, ils ont ouvert la portière. Entretien avec quelques images de ceux qui luttent avec des étincelles.

Depuis le temps qu’on suivait Krav Boca, depuis Sanatorium à Pirate Party en passant par quelques Barrikades, l’occasion d’aller leur mettre notre enregistreur sous le nez, ou plutôt en face de leur cagoule ne pouvait pas se rater. Avec 3 dates en Bretagne dont Rennes et Concarneau, la rencontre s’est faite avant qu’ils n’aillent rapper accompagné par un show détonant à coups de flammes, d’étincelles à la meuleuse, de pogo endiablé et de jets de canettes mémorables.

 

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■ Pourquoi ce nom, Krav Boca ?

 

- On voulait un truc qui sonne bien, on a cherché des noms de sports de combat ; le Krav Maga claquait pas mal, on a remplacé « Maga » par « Boca » pour le côté sport de bouche, et on a trouvé que ça se retenait bien.

■ Comment s’est formé le groupe ? Et comment ça se fait que vous ayez une mandoliniste dans le groupe, c’est pas courant !

 

- On s’est formés en 2014, à la base on est des potes qui voulaient faire de la musique, on s’est demandé « qui sait faire quoi ».

- Moi en tant que mandoliniste j’étais dans le classique donc rien à voir ! Ce qui est important c’est qu’on a formé le groupe autour des chanteurs. On avait plutôt une culture rap à la base, ça s’entend sur les premiers albums avec le côté boucle. Au fur et à mesure en jouant dans des milieux do it yourself c’est devenu naturel de prendre plus d’éléments du punk. Et notre musique a évolué comme ça.

- Vu qu’on savait jouer de la mandoline et rapper on a créé le groupe là dessus !

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■ Comment vous vous définissez musicalement ?

 

- C’est articulé entre punk et rap, parfois il y a un peu de métal sur certains morceaux. Sur scène par contre on va plutôt jouer les morceaux punk, la carte de l’énergie. Nous ce qui nous plaît le plus, on prétend pas avoir inventé quelque chose mais c’est d’avancer hors des étiquettes. C’est ce qui nous permet de jouer dans des milieux qui n’ont rien à voir. Des fois on joue dans des teufs, dans des festivals de crust, dans des fêtes de village, si on jouait tout le temps dans le même milieu on s’ennuierait p’tet.

 

■ Vous avez réussi à faire deux albums en deux ans c’est pas mal…

- On a toujours été comme ça. Le groupe il existe depuis 8 ans, on a fait 6 albums donc c’est notre rythme moyen.

- Il y a des groupes qui choisissent de tourner un temps, de composer un temps, nous on a toujours tout fait en même temps

- On tient pas en place et on kiffe ça, ça vient tout seul. Si on s’arrête on se sent pas bien, on peut pas rester sans rien faire.

 

2022_05_14_krav_boca_003■ L’intro de Pirate party il y a pas mal de bruits de teufs, est-ce que ça a un lien avec la répression qui s’est passée à Lieuron ?

 

- C’est lié à la répression qui a eu lieu durant tout le Covid en fait. Parce que nous on l’a vraiment vécu de plein fouet, on voulait retranscrire cette ambiance de paranoïa.

- Pendant le Covid on s’est vachement rapproché du milieu teuf parce que c’étaient les seuls lieux qui continuaient à jouer, d’occuper un espace, de jouer avec des prix libres c’étaient des choses qui nous parlaient. Chaque album reflète notre vécu du moment, on était vachement là-dedans.

 - Puis l’éthique do it yourself elle est souvent revendiquée par le milieu punk, mais on cite pas assez souvent le milieu teuf. C’était important pour nous de faire un mix avec des sonorités techno pour faire un clin d’œil à cette scène là.

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Dans ce dernier album il y a pas mal de featurings dont la rappeuse Ratur, ça s’est fait comment la connexion ?

 

- Ben on a joué à La Grée à Notre Dame des Landes et on s’est rencontrés là bas, c’est là qu’on a pris les images du clip d’ailleurs. Mais on kiffait déjà ce qu’elle faisait.

- On a écouté Disparate, son dernier album, on en revenait pas, autant de diversité, de façon de rapper, les textes… Dans l’underground rap en France c’est assez unique. On trouve que ça mérite bien bien plus d’audience.

Et vos liens avec la Grèce et le Maroc ?

 

- Y a des membres du groupe qui sont grecs et marocains en fait.

- Avant de même faire des tournées en France, en 2015, notre première tournée était en Grèce donc sur tous les albums il y a toujours ce lien. Le do it yourself en Grèce il est vachement investi par les rappeurs, c’est assez unique en Europe. Notre batteur est Marocain, sur l’album City Hackers, il y avait un featuring avec Al Nasser, et il y a un niveau aussi de rap au Maroc qui est assez impressionnant.

■ Vous avez un engagement dans les textes mais aussi dans ce que vous faites ; ça vous paraît indissociable ?

 

Karton-N°7-Cover-360x490- La musique c’est le reflet de nos vies. C’est notre manière d’être et de fonctionner. Il y a aucune différence entre ce qu’on fait dans la musique et dans la vie, c’est notre mode de vie qui est comme ça.

- On se nourrit de tout ce qu’on voit, des gens qu’on rencontre, on vit tellement de choses en tournée, c’est ce qu’on retranscrit. C’est aussi pour ça qu’on fait un fanzine qui s’appelle Karton, pour raconter tout ça, pour parler de toutes ces personnes qui sont pas relayées, Ratur c’est un bon exemple. On traduit tout en anglais, y a aussi un site web pour que ça soit pas que sur le papier. Quand il y a pas de relais, c’est comme si les choses existaient pas quelque part ; sans dire qu’ils vont être connus grâce à nous, on imprime à 300 exemplaires, mais au moins c’est quelque chose qui nous motive de parler de tous ces gens là.

 

Pirate party j’ai trouvé qu’il y avait moins la niake que dans Barrikade ; qu’est-ce qui vous donne la force de poursuivre ce que vous faites ?

 

- C’est une bonne question, c’est pas évident, c’est un combat de tous les jours.

- On aime énormément ce qu’on fait déjà. Il faut le dire, on vit pas notre passion comme un sacrifice. Le fait de prendre la route et d’aller à la découverte de plein d’endroits comme ça, le groupe c’est aussi ce qui nous permet de nous évader et de prendre beaucoup de plaisir.

- Ça nous a fait grandir, c’est super enrichissant. On gagne pas de tunes mais les rencontres et les trucs qu’on a appris ça vaut tout l’or du monde, c’est ça qui nous fait continuer, c’est toutes ces choses là.

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■ Est-ce que vous avez peur un jour que ça s’arrête, ou que ça ne soit plus possible ?

- On fait en sorte que non. On se remet beaucoup en question ; c’est un projet de long terme, là on arrive à 8 ans d’existence, on a mis du temps à le construire. On sait pas de quoi l’avenir est fait mais le but c’est de le pérenniser.

- Si on s’arrête, on meurt à petit feu. C’est pour ça qu’on est autant productif, autant sur la route, c’est difficilement envisageable.

« Chaque tournée c’est une aventure »

 

■ Comme vous n’arrêtez jamais et que vous avez la bougeotte, est-ce que vous auriez une anecdote, drôle, marquante, ou alors complètement cata ?

 

 - Bah la cata c’est facile à trouver ! Chaque tournée c’est une aventure, il se passe tout le temps des trucs de fous.

 -Ben si ça fait un peu le lien avec ce qu’on disait tout à l’heure. Il y a eu ce moment incroyable vers Aix-en-Provence où on jouait à une teuf pas déclarée ; on s’est fait courser par les gendarmes, j’me vois courir après le camion ; le lendemain y avait des articles dans BFM, il y avait eu un cordon de sécurité. Pirate party c’était ça, on avait l’impression d’être des criminels parce qu’on faisait de la musique. C’est pour ça p’tet qu’il est un peu sombre.

 - On devait se cacher pour jouer ; pareil vers Montpellier on arrive à un squatt il y avait six camions de CRS équipés comme pour une manif pour nous empêcher de rentrer. C’est fou d’en arriver là. Dans ces périodes de confinements et de couvre feu, il y avait des dépressions, des suicides, c’était hyper violent, les gens avaient besoin de se rencontrer. Nous on avait pas pu se résoudre à ça, cet album il est né de tout ça.

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■ Sur scène vous êtes pas tous cagoulés…

 

- La cagoule c’était dès le départ; les autres personnages sont apparus petit à petit. Pour nous c’était important d’entrer dans des personnages pour le côté scénique, faire un spectacle. Notre performeur est arrivé dans le groupe en 2018, avec lui c’est devenu vraiment évident.

- La cagoule symbolise plein de choses, puis souvent dans les groupes les chanteurs sont toujours mis en avant, on voulait pas de ça ; et aussi qu’on sache pas qui est sous le masque, ça pourrait être quelqu’un du public, n’importe qui, que ça mette tout le monde au même niveau. On est un collectif, y a personne au-dessus de l’autre, c’est pas trois rappeurs avec un backing band !

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 Ce soir vous jouez à Rennes après une malédiction de trois annulations ! C’est quoi votre rapport à la Bretagne ?

On aime trop, y a une culture punk incroyable, y a des ambiances incroyables pour cette musique là. On y a pas tant joué que ça mais à chaque fois c’était un truc de fou.

 

■ Si vous étiez un livre ?

C’est un espèce de cliché mais parce que je l’ai relu dernièrement, c’est Sur la route de Kerouac. Ce qu’on vit nous c’est cent fois plus ouf que ce qu’il y a dans ce livre !

 

■ Pour finir, votre dernier coup de cœur musical ?

 

On a cité Ratur donc va falloir trouver quelque chose d’autre… Shooting daggers qui sont de Londres. Trolzh, 4 copines de Toulouse qui font du punk et qui sont super fortes ! Et aussi des potes, ZWM, un groupe de punk marocain, avec du chant en arabe qui sont sur Toulouse. Puis Mehdi Black Wind en rap, avec qui on a fait un featuring… En fait nos coups de cœur c’est les featurings sur nos albums !

 

Le site de Krav Boca

Merci à notre correspondant de l’Ouest pour les photos complémentaires.

Merci à Krav Boca pour leur énergie.

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