Lou Darsan, l’écriture en fuite

Le roman L’Arrachée belle de Lou Darsan est à l’image de son écriture : une fuite désordonnée, un souffle haletant qui marque peu de répit. Un style poétique, et un chemin aussi salvateur que vagabond.

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« Comme l’homme quitte l’appartement à intervalles réguliers, la journée entière, parfois la nuit, elle dispose de sa solitude ». p. 14

C’est dans cette solitude que naît l’échappée, l’envie de fuir d’une femme. On ne connaît ni son nom, ni la ville, ni l’identité de cet homme avec qui s’est installée une routine, transformée en peur. En angoisse. Les humeurs de l’héroïne semblent malléables comme de la glaise ; les mots aussi sous la plume de Lou Darsan qui prend régulièrement un élan, un élan de phrases courtes, un élan d’images qui semblent parfois arriver en cascade. Il est donc peu étonnant de retrouver régulièrement l’eau au programme ; l’eau de la baignoire, l’eau de la mer, l’humidité de l’aube, un étang perdu.

« Les cahots dans les ornières herbeuses, le bitume craquelé réapparaît, puis un ruban noir et lisse, la bande blanche centrale, l’autoroute un trait danger deux traits sécurité, elle compte : Mississippi one, Mississippi two. Tout le monde la double. Derrière, dans le lointain, une partie d’elle danse encore sous la montagne ». p. 87

Les éléments du décor, les éléments de la nature se mêlent au parcours de cette femme, qui choisit d’aller littéralement se perdre. Alors la lecture peut aussi parfois se perdre parmi les fragments, se raccrocher plus loin, se prendre un paysage en pleine pomme. Le décor se fait corps lui-même, celui qui cherche sa libération, ou peut-être est-ce le corps qui crée le décor, on ne sait jamais, « Et si jamais à chaque pas naissait un trou, que ses pieds laissaient derrière eux un tracé de béances, que derrière elle disparaissaient les routes et se propageait une jungle moussue ? » (p. 135). Lou Darsan et son écriture se font magnétiques, déroulent images fortes et sensations sensibles jusqu’au bout ; aller vagabonder en compagnie de L’Arrachée belle, c’est sortir, un temps, de soi-même. Et respirer.

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Lou Darsan écrit également sur son blog, intitulé à juste titre Les feuilles volantes.

L’Arrachée belle – Un livre de Lou Darsan – Paru le 20 août 2020 – La contre allée – 160 pages.

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