La Plateforme, un film en mode buffet

Entre film d’horreur et fable sociale, science-fiction délirante et cannibalisme, le film La Plateforme met l’eau à la bouche, mais pas comme vous pourriez le penser. À table !

*attention, cet article peut contenir des morceaux de spoilers pour ceux qui ne l’auraient pas vu, mais nous ne vous racontons pas tout non plus*

Le film aurait pu s’intituler La Pyramide sociale pour les nuls ou L’Échec prévisible du ruissellement. La Plateforme (titre mal traduit de El Hoyo, le trou), réalisé par Galder Gaztelu-Urrutia est sorti cette année (et bien sûr propulsé fin mars par Netflix qui flaire parfois les bons coups). Et c’est une réalisation quelque peu improbable. Partons du décor ; un trou d’au moins 200 étages (2 personnes à chaque étage), superposés à la verticale, et dont les occupants sont nourris par une plateforme remplie de mets encore mieux présentés qu’à La Rotonde*. Les premiers sont donc servis les premiers, les derniers n’ont plus qu’à se manger entre eux. Tous les mois, un changement d’étage s’effectue, opérant ainsi à un ascenseur, non pas émotionnel, mais gastrique. Âmes ultra sensibles et personnes fragiles de l’estomac, s’abstenir.

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Qui pourra déguster cette alléchante panna cotta ?

Cette mise en scène n’est pas sans rappeler celle du Snowpiercer (Bong Joon-ho, 2013) même si les enjeux n’y sont pas tout à fait les mêmes. Exit ici la représentation schématique de classes sociales en wagons de tête ou de queue puisque toute personne peut se retrouver un coup à déguster du homard au 2ᵉ étage puis à dépecer son colocataire au 135ᵉ (si l’on ne s’est pas jeté dans le fameux trou entre temps) ; c’est la fameuse plateforme et sa méthode de distribution des richesses qui remplace ici la métaphore sociale en pyramide. Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère appelée La Fosse ? Certains sont condamnés, d’autres ont fait le choix d’y être, et c’est le cas du héros Goreng (Iván Massagué) qui a eu la bonne idée d’emporter un livre, Don Quichotte de Cervantès. Moins utile qu’un couteau mais judicieusement symbolique. Car Goreng, après avoir survécu à son inquiétant camarade Trimagasi (Zorion Eguileor), finit par se lancer dans la tentative d’arrêter la mécanique du système.

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Jouer les Don Quichotte ? Goreng a tout le temps de s’interroger en dehors des repas.

Loin de délivrer une morale quelconque ou même de renouveler le propos (la métaphore des inégalités est comprise dans les 10 premières minutes), La Plateforme interroge plutôt l’action des individus eux-mêmes dans cette déroutante machination : quelles responsabilités ? quelle violence ? quelles réactions ? Et surtout, quelles possibilités quand ceux qui tirent les ficelles du plateau alimentaire sont hors de la fosse, bien abrités tout en haut ? C’est à travers des scènes gore de découpage de bouts de cuisses que le film gratte (mais pas assez loin à notre goût). Mélange d’un univers fantastique à partir d’une administration déshumanisante à un tableau glaçant de violences successives, La Plateforme termine en queue de poisson ; pour mieux laisser les questions mijoter ? Reste une heure et demie d’un divertissement** incongru qui brasse plusieurs styles et pioche allègrement dans des réalisations plus abouties sur le sujet. Attention à la crise de foi(e).

* Restaurant chic parisien incendié dans la nuit du 17 au 18 janvier 2020.

** Fallait-il réellement une heure trente d’effets spéciaux pour laisser le spectateur abandonné à la fin tel une assiette vide ?

El Hoyo – La Plateforme – Un film de Galder Gaztelu-Urrutia – 94 min – Avec Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Antonia San Juan, Emilio Buale, Alexandra Masangkay

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