LINGUA IGNOTA : la langue de la vengeance

La musicienne américaine Kristin Hayter, alias LINGUA IGNOTA, va publier le 19 juillet son troisième album chez Profound Lore Record, CALIGULA. Présentation de cette artiste pluridisciplinaire et de son œuvre sublimant une colère profonde.

 

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La « Lingua Ignota » est une langue secrète créée au XIIe siècle par Hildegarde de Bingen, prolifique autrice d’écrits mystiques et scientifiques, compositrice liturgique, abbesse, proclamée sainte et docteur de l’Église catholique. C’est le nom de scène que s’est choisi Kristin Hayter, artiste trentenaire vivant à Providence (Rhode Island) à la formation classique de chanteuse et musicienne multi-instrumentiste, également diplômée des beaux arts. Elle envisage sa création artistique comme une langue pour exprimer au-delà de ce qui peut être verbalisé, avec la même dimension mystique. Elle a publié seule ses deux premiers albums sur Bandcamp en 2017, LET THE EVIL OF HIS OWN LIPS COVER HIM et ALL BITCHES DIE, avant d’être repérée par Profound Lord Records qui ré-édite ALL BITCHES DIE et publie son nouvel album, CALIGULA. Son style musical est unique, empreint de sa formation avec des éléments noise et black metal. Elle réalise également seule ses visuels.

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Kristin Hayter qualifie sa musique de « survivor anthems » : des hymnes pour survivant·e·s, de violences physiques, psychologiques et sexuelles qu’elle a aussi endurées par le passé. Dans une scène musicale majoritairement masculine tant sur scène que dans le public, c’est un positionnement d’autant plus puissant que d’être une femme qui parle publiquement de ce vécu traumatique, en fait une source d’inspiration pour créer et performer, hurler sa rage d’avoir souffert et de se battre pour survivre, et de rendre public ces violences systémiques. D’ailleurs les recettes de LET THE EVIL OF HIS OWN LIPS COVER HIM, publié le jour de la Saint Valentin, ont été intégralement reversées à la National Network to End Domestic Violence.

Le premier titre disponible à l’écoute pour la sortie de CALIGULA, et troisième piste de l’album, « BUTCHER OF THE WORLD », en est un autre exemple poignant. Le sample de la « Musique pour les funérailles de la reine Mary » de Henry Purcell (rendue populaire par la version de Wendy Carlos pour Orange Mécanique) ajoute à l’esthétique lyrique et brute de l’artiste. La figure de Caligula, empereur romain despotique et pervers, est invoquée à travers les onze chansons comme figure cruelle à narguer, conjurer et exterminer – pour rappel le tyran a été assassiné par son entourage, et la sixième piste s’intitule « IF THE POISON WON’T TAKE YOU MY DOGS WILL ». CALIGULA est un voyage intime, viscéral même, à travers un flot de rage, de tristesse et de reprise de pouvoir.

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LINGUA IGNOTA fait partie de ces musiciennes qui se sont imposées en solo sur la scène musicale alternative ces dernières années, avec une esthétique qui peut être comparable : Chelsea Wolfe, Margaret Chardiet (Pharmakon), Frederikke Hoffmeier (Puce Mary), Amalie Bruun (Myrkur) ou encore Anna von Hausswolff. Son travail est particulièrement à suivre – peut-être qu’un jour elle aura l’occasion de jouer dans les environs de Rennes.

LINGUA IGNOTA, CALIGULA, publié le 19 juillet 2019 chez Profound Lore Records. Les chansons « DO YOU DOUBT ME TRAITOR » et « BUTCHER OF THE WORLD », ainsi que les précédents albums sont en écoute sur Bandcamp. Elle est aussi sur Instagram et Twitter.

2 comments

  1. Merci infiniment pour ce portrait ! Je te rejoins complètement sur la claque monumentale que représente la musique de Lingua Ignota, qui est d’une puissance incroyable. Moi qui cherche justement des artistes jouant une musique extrême féministe, je suis hyper contente qu’il existe des projets musicaux pareils. Et quelle joie de voir que Lingua Ignota commence à bénéficier d’une plus grande attention médiatique ! Cette meuf déchire, et je suis très impatiente d’écouter son nouvel opus.

    (Zut, j’avais inclus un emoji dans mon précédent comm’, non seulement l’emoji n’est pas passé mais en plus ça a coupé la fin de mon commentaire… Je le reposte donc. Désolée !)

    • Merci Marie, ça me touche particulièrement que tu apprécies mon article <3 Je ne sais plus comment je l’ai découvert, je crois que c’est Chelsea Wolfe qui en a parlé il y a genre deux ans ? En tout cas même impression que toi (et j’imagine que tu l’as déjà fait mais va lire sa biographie Wikipedia, son parcours d’études est ouf.)

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