Chaque année, le festival Dooinit a le don d’aller dénicher des concerts qui vibrent, et c’est souvent le cas de la programmation préparée pour le Jardin Moderne. Mercredi 25 mars, une scène pleine d’amour et de qualité avec les voix d’Allysha Joy et Anaiis.


Après une introduction de la Dj nantaise Miel qui balançait un hip hop aux petits oignons (avec pas mal de samples qui annonçaient la teinte de la soirée), voilà sur scène Allysha Joy au clavier et au chant, accompagnée de plusieurs musiciens. Dès les premières minutes, une voix puissante qui s’élève au-dessus des notes de son Fender rhodes et le tintement de ses boucles d’oreilles en forme de petites cloches : embarquement immédiat, puis décollage aux premières notes de basse.




Membre du 30/70 Collective, Allysha Joy publie en 2018 son premier album Acadie : Raw qui ne manque pas de remporter le prix du meilleur album de soul aux Music Victoria Awards, puis plus récemment The Making of silk (2024) et Solina (2025). Un savant mélange jazz, soul et R&B, ponctué d’un fort jeu à la basse et à la trompette, et un goût prononcé pour les textes, que la chanteuse explique parfois comme celui dédié aux oiseaux avec « Silent spring » (qui nous fait immanquablement penser à l’ouvrage de Rachel Carson). L’artiste australienne prend le temps, également, de rappeler la chance d’être réunis à un concert, en pensant à celleux qui veulent simplement vivre leur culture et sur leur terre, un keffieh couvrant en partie son instrument.





Une parole forte, une lyriciste sensible, qui pioche dans les écrits de Bell Hooks parmi ses inspirations, ce qui constituait un lien fort avec la deuxième partie assurée par Anaiis.


« The moment we choose to love we begin to move against domination, against oppression. » Bell Hooks


Deuxième secousse sismique vocale de la soirée, dans un autre registre : une voix plus aérienne, des nappes de guitare électrique, c’est un autre mélange tout aussi savoureux qui se déploie avec Anaiis, accompagnée par un batteur, un claviériste et un bassiste (qui savait aussi alterner au violon, ça se souligne). Ça avait tout à voir avec la musique précédente et en même temps ça n’avait rien à voir avec la musique précédente. Le point commun ? La force. Mais dans une esthétique qui cette fois mêle beaucoup l’influence d’Erykah Badu (entre autres) à une certaine polyrythmie et un R&B ultra contemporain. En langage simple : ça claque.



Là j’ai cherché quoi écrire, dire que la chanteuse avait lu un extrait de Love as practice of freedom de Bell Hooks, que pas loin de moi une jeune femme avait par moments les larmes d’émotion au bord des yeux, que le public avait chaud partout, qu’Anaiis nous parlait de son fils pour qui elle avait écrit le titre « Here comes the sun » qui apparaît sur son dernier album Devotion & the Black Divine, et que moi je ne savais plus très bien ce à quoi j’étais en train d’assister dans cette nouvelle édition de Dooinit, mais que nous avions ce soir là toutes et tous de la chance d’y être. J’écris rarement je dans un article, mais une fois n’est pas coutume, je pense que le mot beauté a été inventé pour ces moments exceptionnels où il se passe autre chose, et qui dépassent une simple représentation scénique. Ces minutes sont précieuses. Elles resteront profondément ancrées. Avec amour.










