Alors que ce mois de mars rappelle les événements survenus à Sainte-Soline en 2023, chronique du documentaire Soulèvements, signé Thomas Lacoste, sorti cette année sur les écrans.
Des hommes et des femmes parlent. Ils racontent leurs engagements. Cette jeune femme, passionnée de boucherie et éleveuse de vaches, a vécu à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Elle se souvient de la répression, des écoutes, des filatures, des arrestations humiliantes à l’aube, des enquêtes lancées par des brigades antiterroristes et des accusations sidérantes qui en découlent. Ce jeune homme, assistant du sociologue Edgar Morin, a été réveillé par les hélicoptères de la gendarmerie venue procéder à des expulsions, puis épaté par la hauteur des barricades érigées par les zadistes présents pour protéger les lieux. Un menuisier à la retraite, ancien maire de sa commune, explique pourquoi, après avoir tout essayé et manifesté de façon classique durant des décennies, il aboutira à la conclusion que la désobéissance civile est une nécessité si l’on veut préserver le bien commun. Tel autre raconte comment, en larguant des boulettes d’argile contenant des lentilles d’eau – qui obstrueront les canalisations – depuis des cerfs-volants permettant de passer par-dessus des barbelés, on pourrait avoir une méthode efficace pour « désarmer » une méga-bassine illégale. Au souvenir d’une ZAD improbable – en altitude, au pied d’un glacier –, qui aura permis de repousser avec brio et une grande économie de moyens, le démarrage du chantier d’un téléphérique, une jeune femme s’enflamme et a les yeux qui brillent.
Intercalées, en noir et blanc, des images de la répression à Sainte-Soline ou du déplacement d’une charpente à travers champs, à bout de bras, racontent ces épopées militantes.

Un homme exprime combien l’agriculture industrielle axée sur l’exportation est une calamité : à ce modèle mortifère doit être substituée une agriculture paysanne. Un jeune homme et son père parlent d’une colline rasée – paysage de leurs vies intimes – pour laisser place à une autoroute contre laquelle se ligue une partie de la population bien décidée à protéger les arbres et la faune. Un naturaliste s’émerveille du chant des oiseaux et décrit pourquoi sauvegarder les outardes (menacées par les monocultures fourragères en plaine, incompatibles avec la préservation de leur habitat) épaissit favorablement nos existences. Telle jeune femme souligne l’importance du droit et de l’étayage solidaire qui permettra de contrecarrer les projets écocidaires. Tel autre jubile au souvenir de cette fête fondatrice au cœur du bocage. Celle-ci promet que le Réseau de ravitaillement des luttes offrira des paniers garnis de bons produits paysans aux grévistes, un réseau de cantines solidaires maillant le territoire…
Autant de paroles sensées, puissantes, mesurées, importantes pour retrouver le chemin de la lutte et autant d’images curieusement galvanisantes (l’œil d’un cheval, les cornes d’une vache, des foules en liesse, des tracteurs déjouant les barrages de la gendarmerie…) qui nous appellent vers un modèle de société enviable, car tout simplement viable.
Soulèvements, de Thomas Lacoste, 2025, sorti le 11 février 2026.










