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Le Montespan, récit de Jean Teulé

L’histoire truculente d’un marquis qui refusa les honneurs pour préserver son honneur.

Le fier Gascon Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, est follement amoureux de sa belle épouse, Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart. Les dépenses du ménage (jeux d’argent, soirées mondaines, carrosses, campagnes militaires ruineuses…) les acculent à réduire leur train de vie. Puis la fortune leur sourit de nouveau. Sa femme, qui aime le luxe, les arts, le sexe, les persiflages et les mondanités accède au rang, envié parmi les aristocrates, de dame d’honneur de la reine à la cour du roi Louis XIV. Dès lors, Versailles accapare la jeune marquise. Le Roi-Soleil s’en entiche. Cocufié au vu et au su de toutes et tous, outragé, le marquis de Montespan, au lieu de se plier à la volonté quasi divine du monarque jupitérien et de profiter tout bonnement des avantages mirobolants que le statut de favorite du roi obtenu par sa femme pourraient lui octroyer, va plutôt entrer en conflit ouvert avec Louis de Bourbon. Banni, un temps exilé en Espagne, emprisonné, ruiné, poursuivi, le marquis ne va pas s’en laisser conter.

« Dans le sombre salon officiel du palais espagnol, les sœurs du dauphin et filles de feu Philippe IV, qui a produit également une foule d’infantes maladives et naines, gloussent et filent vers le salon des Miroirs où leurs reflets les démultiplient par mille. vêtues de jupes ressemblant à de gros abat-jour, elles tournent en rond et grincent comme ds poupées de de bois montées sur roulettes. Louis-Henri se dit que ce n’est pas seulement à la cour de France qu’il y a quelque chose de pourri. »

Le regretté Jean Teulé, avec sa gouaille et sa malice, dépeint un XVIIᵉ siècle haut en couleurs et fort en odeurs. Il souligne l’obséquiosité des courtisan·es, la lubricité des hommes de pouvoir, l’arrogance ultime que confère celui-ci, la misère du petit peuple tandis qu’à la cour du roi la fête bat son plein. Il raconte la perversion des puissant·es prêt·es à tout pour acquérir et conserver leurs privilèges (y compris les messes noires et les sacrifices de nourrissons comme la marquise y recourut pour tâcher de ne pas tomber en disgrâce auprès de son royal amant, duquel elle eut 7 enfants ; y compris le recours aux poisons mortels qui défrayèrent la chronique et qui déclenchèrent des enquêtes que le roi préféra ensuite étouffer pour ne pas entacher la réputation de personnages haut-placés : à l’époque, déjà, les puissants n’aimaient pas trop qu’on divulgue les dossiers compromettants). Il moque le faste de la noblesse poudrée aux perruques spectaculaires, faste qui masque difficilement relents scabreux, dents abîmées, maladies consanguines et vénériennes dues aux mœurs dissolues et aux hygiènes de vie douteuses… Jean Teulé multiplie les brocarts pittoresques. Vus à travers la lorgnette cocasse de leurs fistules anales mal soignées et de leurs vices dispendieux, les aristocrates en prennent pour leur grade et des pans pas très glorieux de l’Histoire de France reprennent vie, sous sa plume canaille et enjaillée.

Le Montespan, de Jean Teulé, Julliard, Paris, 2008, Pocket, 2009.

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