Imaginez un roman qui serait comme un puzzle de mille pièces à réunir – mais ça va, pas trop petites les pièces. On sait qu’un fil invisible relie les personnages, presque une quinzaine, et le dessin général propose une géographie osée allant de la campagne abandonnée du Morvan au faste californien, en passant par Oklahoma City (dans l’État de l’Oklahoma).

» En quittant le Morvan, elle a voulu quitter une fin inexorable et écrite. Une vie comme on en fait à la chaîne. Une vie de rires et de larmes, une vie de repas et de sommeils, d’amours et de souffrances, de naissances et de maladies, une vie de voisins, d’emmerdeurs et de collègues. Une vie banale et petite. Enfin, elle a voulu quitter son destin provincial qui, pauvre d’elle, l’avait menée au village de la mort.Mais la Camarde ne s’en était pas formalisée. C’est ici, en Californie, qu’elle lui avait donnée rendez-vous. »
À partir d’une scène initiale d’accident – deux belles voitures, un choc, un mort, un fuyard –, l’auteur construit ainsi comme un incroyable échangeur, mais littéraire. On voyage dans le temps, l’espace, les destinées, on lit un fragment du monde, ses logiques, ses enjeux. Page après page – et il y en a environ 600 –, j’ai brûlé – au sens figuré, hein, j’étais dans le Finistère – de découvrir tout ce qui unit ou désunit les personnages, accrochée à mon livre, hermétique à mes voisins de plage, pour finir stupéfaite par cette mécanique tout à la fois brillante et humaine.
La Géométrie des possibles - Édouard Jousselin – 608 pages – Janvier 2024 – Éditions Rivages