L’histoire mi-désopilante mi-tragique de Mes Frères

Mes frères, de Pascal Rambert et Arthur Nauzyciel au TNB joué du 10 novembre au 21 novembre : un spectacle sur les comportements et conditionnements des femmes soumises aux désirs des hommes. Il y a une mixité des genres entre le grotesque, la légèreté et la poésie.

Quatre frères rivaux (Adama Diop, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot et Arthur Nauzyciel) habitent avec une femme-employée (Marie-Sophie Ferdane) se faisant passer pour une cruche… ou une bûche. Elle est simultanément  désirée et soumise. Elle se fait harceler moralement par ses patrons, se retrouve coincée dans cette situation, et est sans ambiguïté l’objet sexualisé ; le rôle stéréotypé de la femme en fée du logis est clairement pointé du doigt, et c’est réussi. Elle nettoie la maison de ces hommes en faisant des gestes très précis et répétitifs. Cette chorégraphie du quotidien (par Damien Jalet) fait l’inventaire des gestes utilitaires ritualisés avec des rythmes secs et portés sur la respiration. Les expirations du personnage féminin  provoquant bien souvent le malaise. Le décor (Riccardo Hernández) est pensé à partir de l’imaginaire de la chaumière, du genre Blanche-Neige et les sept nains.

©Philippe Chancel

©Philippe Chancel

Cette femme se protège des remarques par un mutisme, et parle par mots-clés. Comment rester discrète quand le moindre geste est interprété comme une sensualité ? Elle parle fort, et tous ces gestes prennent de la place, mais cela finit par sembler naturel chez elle. Des quiproquos se déploient dans la paranoïa de chaque frère, chacun imaginant comment l’aimer.

Autant les hommes ont jeté leur dévolu par des critères de sélection : jeune, soumise et non-mariée, elle peut répondre aux attentes de ces derniers. Évidemment, elle a sa vie en dehors de ce travail, et elle aime quelqu’un de son âge. Eux, assument à fond leurs côtés dépendance attentionnelle de cette femme au foyer. Le paradoxe est qu’ils la détestent et en même temps ils l’admirent, mais elle ne répond pas à leurs signaux. C’est cruel et drôle en même temps.

Dans leurs rêves, ils peuvent demander une punition et pleurer en se lamentant devant sa porte, et s’imaginent la draguer. Les monologues sont crus pendant les instants de rêves des quatre frères. Le symbole du désir se transforme en cauchemar puisque chaque frères s’implante à la fin de chaque rêve. Ces moment d’incruste sont d’ailleurs réussis : quand l’un fait une déclaration sophistiquée, un autre arrive et casse l’ambiance du premier rêve.

Les portes, les fentes et les clés métaphorisent l’imaginaire des intimités de chacun. Et les verrous se déverrouillent grâce aux phantasmes des frères. On connaît les secrets de ces derniers : conquérir cette femme, avec des approches singulières. Les sons diffusés sont organiques, on entend des bulles et d’autres fluides. Certain crachent, d’autres renversent de l’eau, bavent, ou se liquéfient en soupe.

Ces hommes s’inscrivent dans une lignée d’imaginaires envers la femme. Pourquoi donc ces hommes alimentent un désir pour quelqu’un qu’ils enferment ? Ils ne font plus la part des choses : ils mélangent le travail et leurs vies privées. Tout leur langage découle d’une déformation professionnelle de bûcheron. Ce qui donne des paroles décalées et drôles. Cette fratrie ne fait qu’un, donnant l’impression de s’avaler entre eux. Entre cheminement grotesque et constat(s) tragique(s).

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