Un peuple et son roi, de Pierre Schœller

Un peuple et son roi de Pierre Schœller : un film à la fin tranchante.

 

La période de la Révolution est mythique. Pour les changements qu’elle apporta, qui n’allaient pas de soi. Pour les idéaux qu’elle mit en lumière. Pour le symbole universel qu’elle représente. Pour le droit à la contestation, voire au soulèvement contre le tyran, qui se voit gravé dans le marbre de la loi.

Ici, dans Un peuple et son roi, le parti pris est de suivre le quotidien, par petites touches, de ces petites gens (maître-verrier, lavandières, femmes militantes et autres orphelins…) qui vécurent, furent les acteurs·trices de cette époque copieusement épicée en grands moments tantôt euphoriques, tantôt sanglants, qui charriaient la colère, le désespoir et la peur, mais aussi un franc enthousiasme et un courage sans faille sous ce slogan radical : « La liberté ou la mort ».

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Basile, ex-voleur de poules repenti (Gaspard Ulliel) et la très libérée Françoise (Adèle Haenel) en route pour « l’insurrection qui vient » (NB : une partie du film reprend le titre de cet ouvrage du Comité invisible,  paru à La Fabrique en 2007).

Les évènements décisifs sont là esquissés : la prise et le démantèlement de la Bastille par les habitants du faubourg Saint-Antoine, la fuite du roi en juin 1791 s’échappant des Tuileries où il était retenu prisonnier par les Parisiens en colère, les sursauts de la contre-révolution avec le massacre dominical et sans sommation de manifestants pétitionnaires et pacifistes réunis notamment à l’instigation des partisans républicains du club des Cordeliers sur le Champ-de-Mars le mois suivant, la ratification de la Constitution en septembre 1791 par le roi contraint de se soumettre à une assemblée législative et de signer là l’arrêt de la monarchie de droit divin, la prise insurrectionnelle du château des Tuileries en août 1792 pour obtenir de facto la destitution du monarque honni, le procès du roi, les alliances de celui-ci avec ses pairs à la tête des monarchies limitrophes, les débats à l’assemblée entre orateurs de camps opposés, etc.

Une autre strate de la société est elle aussi saisie : celle des législateurs, dont l’influence est nouvelle, pour ne pas dire révolutionnaire. Certains députés continuent cependant de croire en la royauté et ses bienfaits. Mais d’autres, les plus nombreux et les plus convaincants, souhaitent établir les bases d’une république égalitaire.

Pour mener à bien ce projet, il sera nécessaire de régler son compte au tyran. Ce sera chose faite, sans vouloir spoiler l’œuvre de Pierre Schœller, le 21 janvier 1793, démontrant par ce geste fort (celui d’un bourreau obéissant aux directives issues d’un vote) que le peuple français a une patience limitée et que son courroux envers les traîtres indécents est implacable.

Entouré de sa famille aux traits pâles, maladifs, voire sournois, drapée dans une dignité qui s’effiloche au fil des malentendus délibérés et des collusions regrettables, Laurent Lafitte est splendide en roi de plus en plus ombrageux au fur et à mesure que son sombre destin se scelle. Quant à Denis Lavant, il est époustouflant en Marat (1743-1793) féroce, habité par la rage et le souci d’en découdre.

Un peuple et son roi – Film historique français de Pierre Schœller – Avec Laurent Lafitte (de la Comédie Française), Adèle Haenel, Gaspard Ulliel, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky, Louis Garrel, Izïa Higelin, Denis Lavant, etc. – Sortie le 26 septembre 2018 – Durée : 2h01.

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