20 000 Days on Earth de Jane Pollard, Iain Forsyth et Nick Cave

20 000 Days on Earth, de Jane Pollard et Iain Forsyth, avec Nick Cave : la salle Louis Jouvet du TNB propose décidément de belles surprises.

 

Si Charlie’s country, de Rolf De Heer, appuyait sur quelques aspects particulièrement détestables de l’actuel apartheid ayant cours sur le continent australien, 20 000 Days on Earth, de Jane Pollard et Iain Forsyth, focalise avec une jubilation communicative sur le destin d’une rock star attachante et charismatique, à l’humour so british (qu’il cultive avec ferveur, allant même jusqu’à s’installer à Brighton), qui a survécu aux années 70 et 80, à l’héroïne, aux perditions, qui a tourné avec The Boys Next Door (qui deviendra The Birthday Party) puis connaîtra la consécration avec Nick Cave and the Bad Seeds et des succès planétaires avec des pointures comme Kylie Minogue (« Where the wild rose grow ») ou la Britannique P.J. Harvey (« Henry Lee »).

À l’instar de celle du crooner Luc Bryan Ferry, la voix de Nick Cave est grave et traînante, capable de mille modulations. Dandy charmeur à tendances rock gothiques et noisy, Nick Cave est aussi poète et écrivain – on ne saurait trop recommander l’hilarant La Mort de Bunny Munro. 20,000 DAYS ON EARTHOn le voit donc dans son bureau d’auteur studieux, derrière son piano, sur scène, en studio avec ses amis musiciens, au volant de sa voiture avec ses démons sous les pluies de Brighton, au sortir du lit, chez son psy à qui il se confie, avec ses enfants avec qui il mange de la pizza en regardant la télé… Fabuleux quotidien mis en scène avec brio. On y apprend également, à toutes fins utiles, la recette pour écrire une chanson : « Vous prenez un marmot, vous le mettez dans une pièce, vous observez ce qui se passe, vous ajoutez dans cette pièce un mongolien psychopathe, vous observez, s’il ne se passe rien, vous ajoutez un clown sur un tricycle, vous observez de nouveau, si ça ne fonctionne pas, vous butez le clown… »

Si cette vie héroïque est édifiante, les difficultés ne sont pas cachées. Créatif débordant d’énergie et d’une certaine fantaisie, Nick Cave a bien conscience que ce n’est pas facile de partager une telle vie, les artistes ayant la fâcheuse tendance à « cannibaliser » leur entourage, alors il rend hommage à sa femme, Susie Bick, personnage (qui joue son propre rôle) qu’on entrevoit à peine dans ce film mais dont on devine l’importance.

Évidemment, il sa sans dire que ce film est truffé de références et d’anecdotes, de bons mots et de clairvoyances, de moments de grâce et de riffs à la basse – Fender de préférence. Il va sans dire également que ce titre est un clin d’œil, un écho à Jim Jarmusch dont on connaît Night on Earth et avec qui Nick Cave a bien sûr des affinités artistiques, esthétiques et intellectuelles. Il va sans dire enfin qu’on vous conseille chaleureusement ce documentaire plein de vie sur cette légende vivante du rock’n’roll qui a irrigué déjà 4 décennies. Autant ne pas attendre qu’il soit mort pour lui rendre hommage.

Ah oui, j’oubliais, quel rapport avec Charlie’s country me direz-vous ? Nick Cave est né à Warracknabeal, en Australie.

20 000 Days on Earth, de Jane Pollard et Iain Forsyth, avec Nick Cave, Warren Ellis, Kylie Minogue, Susie Bick… – Durée : 1h37 – Sortie le 24 décembre 2014

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