Quand j’ai rencontré par hasard Vincent lors du vernissage d’une exposition, je ne m’attendais à faire en même temps la connaissance de Shirley Van Mac Beal. Car Vincent Abalain est transformiste. Oui il met des bas résilles, des chaussures à talons et des perruques. Mais ce n’est pas en tant que travesti au quotidien. Transformiste est un métier, certes un peu marginal, et c’est ainsi que Shirley se trouve être la descendante directe des spectacles de music-hall qui ont fleuri notamment entre 1960 et 1980. Avant d’entamer un déclin vertigineux, les revues, et donc les transformistes, ont vécu leurs heures de gloire tout d’abord avec celle de La Grande Eugène, puis avec la troupe de l’Alcazar de Jean-Marie Rivière; cette dernière est présentée dans le film Chobizenesse réalisé par Jean Yanne en 1975. C’est à cette époque qu’un certain Jean-Claude Dreyfus commence sa carrière sous les traits d’Erna Von Scratch.
Le travestissement a traversé l’histoire depuis l’antiquité, notamment pour des raisons sociales; au XVIème les femmes se déguisent en homme pour échapper à leur condition de prostituée, les acteurs de Shakespeare doivent se déguiser pour interpréter les rôles de femme qui n’ont alors pas le droit de monter sur scène. Mais le transformisme est un terme qui n’apparait que tardivement au XXème siècle et définit non plus l’acte de se transformer en un sexe opposé et de le personnifier, mais l’art de le mettre en scène. Cet art scénique se développe surtout dans des spectacles de cabarets, qui comprennent, entre autres, de grandes revues musicales et pleines de « trucs en plume » et de paillettes, jouant sur des caricatures, ou au contraire sur des hommages à des chanteuses ou actrices. Aujourd’hui ces personnes mi-hommes mi-femmes apparaissent au détour d’un défilé sur les libertés type gay pride, ou surgissent dans une scène d’un film d’Almodovar mais restent la plupart du temps dans l’ombre. Car la perte de vitesse du cabaret a renvoyé cet art dans les coulisses, alors qu’il a brillé sous les projecteurs durant de nombreuses années. Inutile de préciser que le flot de débats sur le genre dont certains ne veulent pas entendre parler (notamment dans les manuels scolaires) marginalisent encore des identités sexuelles, et du même coup préfèrent laisser les transformistes au placard, les remisant avec leurs costumes. Et c’est bien d’un art du costume dont il s’agit ici, ainsi que d’un art du maquillage. Et ça, l’irréductible Shirley ne compte pas arrêter de si tôt. Pour l’Imprimerie nocturne, elle a accepté de nous ouvrir sa loge le temps d’une transformation, dont voici quelques clichés.
Et afin de compléter cette rencontre, Shirley a bien voulu répondre à quelques questions concernant son parcours et sur le milieu du transformisme à l’heure actuelle.
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Bibliographie et références :
Cabaret 70 de Jacques Pessis et Guy Gallice, éditions Vade Retro
La confusion des sexes Sylvie Steinberg, éditions Fayard
Article wikipedia sur le travestissement
Priscilla folle du désert de Stephan Elliott 1994
Güz II, un chouette groupe rennais
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